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La Lettre n°24 – Novembre 2020

02 11 2020

Au sommaire :

Editorial : Devenir psychanalyste corporel
Un certain Regard : 3 témoignages de psychanalystes corporelles certifiées.

  1. Une double formation
  2. La formation ? Réapprendre à déguster la vie comme un enfant
  3. Mon corps de psychanalyste corporelle : du gringalet au marathonien !

 


EDITORIAL

Devenir psychanalyste corporel

 

Château de Touchenoire,
centre de l’institut Français de Psychanalyse Corporelle

En octobre 2021, une nouvelle formation à l’Institut Français de Psychanalyse Corporelle va démarrer.

Des hommes et des femmes de tout horizon vont s’engager pour une durée de 5 ans à suivre la formation pour devenir psychanalyste corporel.

Des ostéopathes, des kinésithérapeutes, des psychologues, des psychanalystes freudiens, lacaniens… mais aussi des enseignants, des artisans, décident de se former pour accompagner des êtres dans la connaissance d’eux-mêmes.

Car mieux vaut le dire, la psychanalyse corporelle fondée par Bernard Montaud dans les années 80, n’est en aucun cas une thérapie, elle est un outil de connaissance de soi permettant de découvrir les événements clés de notre passé, appelés traumatismes, qui ont construit notre personnalité. Elle conduit à une expérience de réconciliation profonde avec soi-même, sa famille et donne, par conséquent, la clé pour sortir de la répétition du schéma comportemental issu de ce même passé.

Or se connaître, c’est pouvoir reconnaître, à chaque mal-être qui réside en nous, un petit garçon ou une petite fille qui sommeille au plus profond de nous et qui attend notre compréhension, notre consolation pour vivre une communion de cœur dans un passé/présent confondus.

La psychanalyse corporelle est donc un outil privilégié pour aller à la rencontre de cet enfant intérieur, d’où pourra émerger une toute autre façon de vivre son présent.

Mais si elle offre la clé de la cage où nos traumatismes nous ont enfermés, elle ne suffit pourtant pas à maîtriser le dépassement de notre histoire passée pour rejoindre le meilleur de nous. Cette maitrise, ce sont les voies spirituelles qui nous la proposent, par l’exercice d’une pratique assidue, tout comme un pianiste a besoin de gammes pour devenir virtuose…

La formation pour être psychanalyste corporel se compose de deux grands volets :

  1. une psychanalyse corporelle personnelle : tout comme il est nécessaire de faire sa propre psychanalyse verbale pour devenir psychanalyste verbal, il est nécessaire de faire sa propre psychanalyse corporelle pour devenir psychanalyste corporel.
    Cette psychanalyse corporelle personnelle se conclut en général au cours des 3 premières années de la formation.
  2. La formation à la pratique de la psychanalyse corporelle, répartie sur les 5 années : les 3 premières sont majoritairement composées de cours théoriques et pratiques. Les 2 dernières sont essentiellement tournées vers l’apprentissage à conduire des séances de psychanalyse corporelle, gérer des cercles (temps d’expression verbale qui suit le temps d’expression corporelle) et accompagner des êtres durant leur cure. Pour ce faire, les étudiants participent, en tant qu’assistants et selon un rythme soutenu, à des sessions de psychanalyse corporelle chez des psychanalystes corporels certifiés membre de l’IFPC.

Précisons ici qu’elle se déroule en temps normal en 5 weekends et un stage de 5 jours par an auxquels s’adjoignent des sessions en tant qu’assistant, en nombre croissant d’une année sur l’autre. Cependant, en cas de confinement due à une nouvelle pandémie, l’organisation sera bien entendue adaptée pour respecter les objectifs souhaités tout autant que les recommandations gouvernementales en vigueur.

Quel en est le contenu ?
Côté pratique : La psychanalyse corporelle sollicite la mémoire cellulaire par le biais de ce que l’on appelle les lapsus corporels. Les lapsus corporels sont des mouvements conscients et involontaires ; ils vont réveiller en esprit des images qui selon le niveau de profondeur vont éclairer de plus en plus précisément la scène dans laquelle la personne se situe pour en final, décrire cette même scène avec un début, un milieu, une fin jusqu’à tout voir sans plus souffrir en niveau 7 de lapsus corporel où il n’y a plus « ni bourreau, ni victime ».
Les 5 années de formation sont organisées pour que l’apprentissage de la technique se fasse dans un pas à pas favorisant l’assimilation de toutes les subtilités, de toutes les clés permettant le passage d’un niveau de lapsus à un autre.
Côté théorique : La psychanalyse corporelle ouvre la porte de la connaissance. Des cours de psychologie nucléaire issus de l’enseignement spirituel transmis par le fondateur viennent s’adjoindre et permettent une compréhension large, profonde de la nature humaine.
Par ailleurs, il est demandé que chaque futur psychanalyste corporel suive ou s’engage à intégrer au cours de sa formation une voie spirituelle de son choix car accompagner des êtres dans la connaissance de soi nécessite d’avoir une certaine maîtrise à rejoindre soi-même le meilleur.

Les 4 premières années se clôturent chacune par un examen pratique et théorique, la soutenance d’un mémoire marque la fin de la 5ème année.

A l’issue de cette formation, chaque étudiant se verra remettre un certificat d’aptitude à la conduite de psychanalyses corporelles du passé avec agrément de l’IFPC.

La pratique de la psychanalyse corporelle est liée de façon incontournable à un principe de supervision par ses pairs.

En résumé, se former pour devenir psychanalyste corporel, c’est bien sûr construire le praticien par une acquisition solide de la technique et la connaissance de ses enjeux ;  mais c’est aussi construire l’être spirituel au fond de soi, qui saura accompagner à son tour autrui dans ce voyage si intime. Cela ne peut se faire que grâce à une connaissance de soi approfondie.
Il convient d’insister : se connaitre, depuis l’expérience de la psychanalyse corporelle, offre la possibilité de vivre en paix avec soi-même, sa famille et de mieux appréhender le monde dans lequel nous vivons. Pour ceux et celles qui s’engagent dans une voie spirituelle, cela permet d’accéder à un meilleur de soi- même, vivre des relations apaisées dans sa vie présente et découvrir peu à peu ses propres qualités pouvant être mises au service de la vie.

L’enjeu est de taille : ce n’est très certainement qu’à partir du meilleur de l’homme que des solutions plus respectueuses de l’environnement et tellement plus solidaires pourront apparaître, alors avis à tous ceux qui souhaitent devenir psychanalystes corporels !
Les 3 textes qui suivent sont autant de témoignages de la transformation qui s’est opérée pour chacune des protagonistes au cours de leur formation. Puissent-ils donner le goût et l’envie d’être des nôtres !

Pour tout renseignement sur la formation ou demande de dossier d’inscription à la formation, contacter  formation.ifpc@gmail.com

Valérie Robert
Vice-présidente de lIFPC
Responsable du pôle formation

 


UN CERTAIN REGARD

 

Voici 3 témoignages de psychanalystes corporelles aujourd’hui certifiées, soulignant chacune à sa façon combien la formation a formé leur être en humanité et en conscience, bien au-delà de la technique même.

Une double formation

La formation de psychanalyste corporel ne se réduit pas seulement à l’apprentissage d’une technique à appliquer consciencieusement. Elle nécessite de se connaître et d’incarner une présence à soi pour être totalement disponible aux analysants sans qu’aucun parasite du passé vienne interférer la relation.

Le métier de comédienne m’a permis d’exister à travers les rôles que je jouais, cette formation a exigé de moi d’incarner le plus grand des rôles, moi-même.

Pas à pas, j’ai eu à me rencontrer, à m’accueillir dans ma difficulté d’apprentissage, ne pouvant par mon histoire me montrer imparfaite sous peine d’être rejetée. C’est une histoire d’amour qui s’est jouée entre la petite Séverine qui croyait n’avoir pas le droit à l’erreur et la grande qui lui tenait la main pour que pas à pas, elle puisse prendre de la consistance, s’affirmer et être solide intérieurement, afin que les analysants se sentent en sécurité dans la découverte de leur passé.

Plutôt que de scinder deux mondes, celui de la raison et de la créativité, j’ai eu à accepter de mettre de côté pour un temps ma nature intuitive et me concentrer essentiellement sur la technique. Ensuite, j’ai pu m’autoriser d’être à l’écoute de mes intuitions sans avoir à me cacher et d’agir en conséquence tout en respectant le cadre scrupuleusement.

La formation a été un terrain de jeu pour intégrer ce que j’avais découvert de mon passé et l’occasion d’une véritable réconciliation avec ma petite humanité.

Séverine Matteuzzi
Psychanalyste Corporelle

 

 

La formation ? Réapprendre à déguster la vie comme un enfant

Retrouver un axe après les bouleversements que provoque l’histoire ressurgie en séance corporelle, retrouver une joie de vivre et profiter de façon décuplée de chaque instant après la séance, voilà encore un des précieux cadeaux de ce parcours psychanalytique. Il s’agit d’un véritable apprentissage car pour avoir le courage d’aller revivre le pire, il faut aussi apprendre à se donner le meilleur. Cela va de pair et s’enracine profondément dans l’enseignement du fondateur, Bernard Montaud. Cet aspect de la formation du futur psychanalyste – capable d’accompagner le pire comme les moments de détente rééquilibrant – va être initié au travers sa propre psychanalyse corporelle.

Tout se joue dans des moments simples du quotidien. Pour moi, cela s’est joué mille fois en sortant de la douche du soir après la séance de l’après-midi. Le bonheur de l’eau chaude est décuplé par les efforts de la journée : efforts physiques, émotionnels et psychiques. Oui il a fallu se dépasser à chaque instant aujourd’hui : avant la séance en re décidant d’y aller, de se donner, pendant le corporel en suivant le corps sauvage mais aussi au moment du cercle en livrant l’indicible. Alors oui une simple douche après une telle journée est sublime !

Suit un choix de vêtements avec une attention à soi : comment me sentir bien, belle, m’amuser d’une petite audace ? Ce tout petit rien du quotidien devient extrêmement précieux car c’est en prenant cette petite porte que je vais sortir de tout le chaos de mon histoire retrouvée par le corps, de sa violence, de son incohérence à ce niveau de revécu* et surtout court-circuiter les commentaires qui ne manquent pas de m’envahir en quittant la séance : je ne suis pas allé au bout, je n’ai pas eu de gros spasme, je ne comprends rien… et bla bla bla…

En formation en résidentiel, nous nous retrouvons ensuite avec tous les participants du stage autour d’un verre choisi lui aussi avec soin et d’un jeu le plus simple et idiot possible pour se détendre.

Ne plus se prendre au sérieux mais jouer et déguster la vie comme un enfant, c’est faire expérience que nous sommes tous capables de passer d’une lourdeur à un instant léger et drôle. L’ego gentiment accompagné est capable de nous faire vivre un délicieux moment pour peu que l’on prenne soin de lui. Là encore il est question de choix et de faire confiance à cet accompagnement dans lequel rien n’est accessoire.

Dans ses deux livres César l’éclaireur et César l’enchanteur, Bernard Montaud nous fait visiter (entre autres) cette dimension du Bien Vivre. Voici bien un des aspects de son enseignement qui me fait tellement de bien : apprendre à sourire de nos grognements, de nos jugements et à jouer… INDISPENSABLE pour plonger à la source de nos traumatismes, indispensable pour vivre tout simplement !

Avec cette formation, n’en doutez pas, il s’agira de passer de la lecture du menu à la dégustation !

Sylvie Regnault
Psychanalyste Corporelle

*tant que le revécu n’est pas de niveau 7 le sentiment d’être une victime subsiste.

 

 

Mon corps de psychanalyste corporelle : du gringalet au marathonien !

Au début de ma formation, je me suis dit, telle une novice qui tout à coup décide de devenir championne olympique, que j’allais vers une discipline qui n’était pas physiquement faite pour moi. Je pesais 47 kilos depuis mon adolescence et je me vivais comme quelqu’un de faible. Bernard Montaud m’avait dit en plaisantant : « La psychanalyse corporelle n’est pas pour les gringalets ! »

Avait-il fait un clin d’œil à ce qui allait se révéler par la suite ? Séance après séance, mon corps s’est tout d’abord tonifié. La première scène que j’ai revécue a été celle de l’enfance. Lors d’une séance, j’ai ressenti à nouveau intérieurement le visage rond, les joues pleines et la peau de pêche de la petite fille de 5 ans que j’avais été. J’ai été profondément bouleversée de retrouver ce que le traumatisme de l’enfance m’avait enlevé : les rondeurs de mon corps et sa plénitude. En moins d’un an j’ai pris 10 kilos, mon corps a pris des formes de femme, mon visage creux s’est arrondi à nouveau. Je ne savais plus, pendant un temps d’intégration intérieure de ce nouveau schéma corporel, qui se trouvait au bout de mes doigts quand je passais mes mains sur mon corps.

Je n’étais pas au bout de mes surprises ! Vint le revécu du traumatisme de la naissance. Tout mon corps se mobilisait en séance en ayant retrouvé l’instinct de reptation. Cette mobilisation via le corps d’une pulsion de vie qui dépassait tout entendement a mobilisé en moi à nouveau cette puissance physique inouïe. Le corps est redevenu pour moi l’instrument de la vie. Je pesais 2,300 kg à la naissance et j’avais un double enroulement du cordon autour du cou. Au-delà de toute volonté, au-delà de toute apparence extérieure mon corps était tout simplement porteur de la puissance de la vie avec une endurance qui dépassait l’entendement.

Une image symbolique est apparue : le soldat de Marathon courant pour annoncer la victoire à Sparte ! J’avais en moi des qualités innées et oubliées avec ce traumatisme de la naissance de ce premier marathonien.

Aujourd’hui, à 50 ans je fais pour la première fois de ma vie du sport et me réjouis de cette tonicité retrouvée et aussi, toute modestie gardée, d’une forme de puissance physique qui rejaillit sur mon être. Ne serait-elle pas plutôt le fruit ou le miroir d’une puissance intérieure reconquise au fur et à mesure du revécu de mon histoire et que les traumatismes avaient su si bien étouffer ?

Ma formation est finie. Ces 5 années m’ont rendu mon corps qui désormais est l’instrument principal de la psychanalyste corporelle, loin du gringalet d’origine ! Je ne crains plus les séances qui exigent un engagement physique important et un accompagnement verbal puissant pour les psychanalystes corporels.

Daniela Litoiu
Psychanalyste Corporelle

 

 

 

 

 

 

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