La lettre

EDITORIAL

« ….Des mots qui libèrent !…. »

Oraison, Arcabas

Plusieurs événements retiennent mon attention depuis la parution de La Lettre de mars. 

Tout d’abord, ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire chilienne » au sein de l’Eglise catholique et l’attitude courageuse du pape François mi-mai, puis en second point, la parution dans le numéro de juin du magazine La Vie d’un dossier consacré à la rencontre d’un évêque français et d’un représentant d’une association de victimes d’abus sexuels perpétrés par des hommes d’église.

Ces deux situations complètent d’une manière inattendue l’interview de Daniel Pittet parue dans Reflets N°27, dans lequel nous montrions l’apport de la psychanalyse corporelle dans ces affaires d’abus sexuels où bien souvent la question du pardon semblait impossible tant la parole de la victime n’était pas suffisamment crue.  

Faut-il donc voir à travers ces faits qui se répondent comme en écho, l’annonce d’une nouvelle ère au sein de l’Eglise catholique dans la lutte contre les abus sexuels ?

La démission des 34 évêques chiliens indique une prise de conscience collective au sein de l’épiscopat dans la crise des abus sexuels sur mineurs. Soulignons de plus que le pape a demandé pardon, qu’il reconnaît une responsabilité personnelle dans cette affaire. « Nous sommes tous impliqués, moi le premier », a t-il dit aux évêques chiliens convoqués à Rome. Je vous laisse imaginer l’impact positif du côté des victimes ! En agissant ainsi, le pape François confirme son souci que l’Eglise soit irréprochable sur le plan de l’argent comme du sexe. Saluons toute avancée dans ce combat courageux !

Autre avancée du côté de la libération de la parole et d’un chemin de pardon, la rencontre entre Alexandre Dussot-Herez, co-fondateur de l’association La Parole Libérée (il fut l’une des nombreuses victimes, de 8 à 12 ans, du père Preynat dans un groupe scout du diocèse de Lyon) et Luc Crepy, président de la cellule permanente de lutte contre la pédophilie dans l’Eglise.

Cette rencontre inédite témoigne elle aussi, d’une réelle avancée dans la prise en compte par l’Eglise de la gravité du fléau de la pédophilie. Les inerties, la culture du déni semblent désormais dénoncées et combattues. Cette initiative encourageante mérite également d’être saluée.

Bien sûr il importe que les évêques reconnus coupables soient sanctionnés, tout comme les prêtres abuseurs, pour autant gardons-nous de tout amalgamer : condamner les « brebis galeuses » est indispensable et nécessaire. Mais il s’agit aussi de sortir de l’ère du soupçon dont sont victimes de nombreux hommes d’église éclaboussés par ces scandales.

Enfin, je rappellerai que la justice rendue ne suffira pas à permettre à la victime de se remettre debout. Les dégâts psychiques provoqués sont tels qu’il importe d’apporter une assistance inédite à ces victimes innocentes. Comme en témoigne le livre de Daniel Pittet, il n’est jamais trop tard pour s’affranchir d’un passé toujours présent.

En psychanalyse corporelle, l’accès à l’expérience de « ni bourreau ni victime » nous dispense d’obtenir des aveux ou la demande de pardon. Nul besoin de procès, ni de règlement de compte. A vrai dire, notre discipline s’appuie sur la rencontre de deux misères de notre histoire passée : celle de la victime et celle du bourreau désigné. C’est la compréhension nouvelle de ce qui s’est déroulé qui permet d’avoir accès au pardon. S’affranchir du passé, retrouver sa dignité et sa valeur spécifique deviennent alors possible. 

Jean-Luc Kopp
Psychanalyste et psychanalyste corporel,
Président de l’IFPC

 

 

UN CERTAIN REGARD

Nous ne pouvons que nous réjouir de cette ouverture du monde de l’Eglise, car il existe une articulation si subtile et si incontournable entre la psychanalyse et la Foi. Les deux déjà prônent et portent tellement à cœur l’expérience de la Miséricorde pour soi et pour les autres.

L’article ci-dessous de Bertrand Gonin, va nous offrir de percevoir plus profondément les relations, les liens entre psychanalyse et Foi. Combien à travers l’histoire, les relations entre la psychanalyse corporelle et l’église catholique sont passées de conflictuelles à constructives. Combien à travers une cure psychanalytique, il existe au-delà d’une réconciliation avec soi-même, une réconciliation avec le divin et une Foi personnelle.

« Foi et Psychanalyse, complémentarité ou antagonisme ? »

 

Gallery Arcabas.

Comme évoqué dans mon premier article, ma propre psychanalyse corporelle m’a ouvert à des questions sur les relations entre Foi et psychanalyse [1].

Nous avons vu les positions des grands courants de psychanalyse verbale sur la foi. D’autres questions restent à approfondir : Comment se positionne l’Église catholique sur la psychanalyse ? Quel impact a la psychanalyse corporelle sur la foi ? Quel est son lien au divin ? Et pour les autres analysants, l’expérience est-elle semblable à la mienne ?

Regardons dans un premier temps la place de la psychanalyse dans la religion catholique.

La psychanalyse, née dans un milieu essentiellement juif ou protestant, a historiquement été portée au contact de catholiques. L’ignorance, les préjugés, la peur de l’autre ont marqué les premiers rapports entre Freud et l’Église [2].

Les rapports entre les théories de l’inconscient et l’Église varient selon les époques, oscillant entre un rejet presque radical des théories de l’Inconscient et une prise en compte précise et nuancée des bienfaits reconnus des psychothérapies [3]. Conflictuel à l’origine, ce tandem s’est avéré au fil du temps complémentaire et enrichissant.

Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, on observe deux attitudes dans l’Église face à la psychanalyse. L’une, très nettement conservatrice, rejette la psychanalyse comme une abomination moderniste. L’autre attitude, plus prudente hésite avant de se lancer dans des imprécations contre une nouvelle idée scientifique. Et si les positions de Freud contre la religion et celles sur la sexualité sont unanimement désavouées, sa méthode d’investigation et sa théorie des instincts suscitent l’attention de beaucoup de penseurs catholiques, qui y voient une possibilité d’accompagner le thomisme dans son effort de renouvellement de la morale [3].

C’est avec les chrétiens de la base que la rencontre pensée religieuse et psychanalyse s’est opérée dès 1935. En 1947, le père Plé créa, en concertation avec Rome, une revue consacrée à ce type de recherches. Parallèlement se développe une nouvelle vision du prêtre : ce dernier n’est plus seulement l’instrument du pardon divin, mais commence également à devenir un thérapeute de l’âme [2].

En 1952, la thèse de théologie, de Marc Oraison, sur la vie chrétienne et les problèmes de sexualité et posant le problème du discernement en matière de vocation religieuse, provoque la censure. Le pape, Pie XII estime que : « Pour l’homme et le chrétien, il existe une loi d’intégrité et de pureté personnelle, d’estime personnelle de soi, qui interdit de se plonger aussi totalement dans le monde des représentations et des tendances sexuelles. L’intérêt médical et psychothérapeutique du patient trouve ici sa limite ». Un an plus tard, il définit trois règles en matière de psychothérapie : « Exclure de la méthode la recherche de causes sexuelles ; préserver le secret de la confession et donc ne pas devoir “tout dire” ; accepter l’existence du péché qui est du ressort de la confession » [2].Dès lors la psychanalyse est insérée dans un cadre strictement scientifique, psychologique ou psychiatrique. Elle ne concerne que la pathologie. La vie spirituelle n’entre donc pas dans son champ d’examen.

L’intérêt de Jung pour la religion et ses manifestations tranche avec l’athéisme de Freud et suscite, pendant un temps, une forme d’engouement de la part de certains catholiques, cherchant d’autres modèles pour penser l’Inconscient. Mais ce compagnonnage ne durera guère, car son plaidoyer pour un plus grand dialogue entre théologie et psychanalyse est perçu comme une ingérence de sa part dans la théologie catholique [3].

En 1957, une nouvelle constitution concernant la formation apostolique rend obligatoire une expertise psychiatrique afin d’écarter les malades mentaux du sacerdoce. En 1959, l’Association médico-psychologique d’aide aux religieux (AMAR) fut créée. Trois de ses membres étaient des élèves de Lacan. Leurs expériences aboutirent à la conclusion qu’il valait mieux « discerner » les vocations avant qu’après [2].

Au regard de l’Église catholique, la théorie lacanienne permettait de faire un lien avec la pensée théologique, de nombreux « intellectuels catholiques » se rallièrent au lacanisme. Pourtant, la majorité des lacaniens ne sont pas du tout croyants. Lacan a apporté à la psychanalyse une dimension anthropologique et philosophique. L’importance qu’il a accordée au structuralisme et au langage a permis à certains de trouver un terrain commun entre la psychanalyse et la théologie. Une des définitions que Lacan donne de la cure psychanalytique pourrait directement être transposée à une « cure d’âme » : « L’analyse ne peut avoir pour but que l’avènement d’une parole vraie et la réalisation par le sujet de son histoire dans sa relation à un futur » [2].

Un certain concordisme a pu dès lors s’opérer entre cette pensée psychanalytique et la pensée catholique. De nombreuses publications, à la frontière des deux domaines, virent alors le jour, grâce, entre autres, au jésuite Denis Vasse, à la psychanalyste Françoise Dolto [2].

Aujourd’hui, la théologie est confrontée au problème d’une vérité qui ne se laisse pas « prouver » et qu’elle ne possède pas toute. La psychanalyse, elle-même à l’origine d’un doute sur le sujet, apparaît paradoxalement, en ce début du XXIème siècle et face aux neurosciences, comme un rempart humaniste et lieu de défense d’une certaine liberté de l’homme [2].

Il n’y a pas de position officielle du Vatican à ce jour. Et si les avis sont divers, il n’y a jamais de condamnation. Maurice Bellet, prêtre français, docteur en philosophie et en théologie, est formé à l’écoute psychanalytique. Sa découverte de la psychanalyse ne remet pas en cause sa foi, mais la dépoussière. Elle va le conduire à croire plus profondément [4].

Pour lui, croire en Dieu, c’est croire qu’en tout être humain réside la lumière, la présence du logos (la parole de Dieu). C’est reconnaitre une valeur infinie en chaque être. Seulement, la psychanalyse nous montre que nous n’y sommes pas. Il émerge ce qui est dans les profondeurs de notre inconscient, nos refoulements (narcissisme, prétention, volonté de pouvoir, appétit érotique, sadisme…). Le reconnaître est déjà considérable car cela mène à une saine humilité et en même temps à une sorte d’ouverture du désir. La psychanalyse n’a pas un rôle d’étouffement des gens, mais de libération de ce qui les enchaîne. L’Église, en maintenant un certain nombre de règles, a le souci de préserver une juste relation de respect, d’estime, de soin et de bienveillance entre les gens. C’est un enjeu d’écologie humaine. Tout en réaffirmant que la loi doit rester au service de l’homme et non l’inverse. Si la psychanalyse culturelle a pu jouer un rôle d’effacement de Dieu, la psychanalyse comme expérience, peut être en accord avec un mouvement général d’un retour à l’essentiel (spiritualité, quête de sens, revitalisation des religions [4].

Observons maintenant la place de la foi dans la psychanalyse corporelle.

Bernard Montaud, son fondateur, nous rappelle que « La psychanalyse corporelle n’est aucunement pour ou contre la recherche spirituelle, pour ou contre le développement personnel laïque. Elle est seulement un outil neutre qui peut servir à tout chercheur en quête de lui-même » [5, p220], et donc en quête de sens. En révélant notre souffrance la plus intime, celle de notre imperfection, nous découvrons avec émerveillement son origine, sa raison d’être, mais aussi combien il nous est possible, sans nous changer, de transformer l’imparfait malheureux en imparfait heureux [6].

Dans l’enseignement de la psychologie nucléaire, dont la psychanalyse corporelle est une composante, il est fait mention des concepts suivants :

– La spiritualité laïque : « Cette psychologie est une spiritualité laïque puisqu’elle a le mérite de pouvoir défendre l’imperfection, propre à chaque homme (…). La psychologie nucléaire est spirituelle parce qu’elle plaide pour un bossu de nature divine, mais elle est aussi psychologique parce que le bossu dont elle s’occupe est bien humain » [6, p16].

– La notion de centre de conscience : « La psychologie nucléaire a identifié sept états de conscience produisant sept types de cycles comportementaux. » [6, p148].

– Le cycle Transformé et la Tâche : « Le cycle Transformé, par sa rotation, produit une énergie de vie consciente qui construit la forme de notre Tâche, notre individualité physique et psychique. C’est « ce que je pourrais être » à chaque instant, et cela constitue l’état d’Éveil » [6, p402].

– La notion de vie éternelle : « Quatre grands mystères articulent la vie éternelle. Lors du premier, nous nous extrayons de Dieu et une tâche est affectée dans l’être au moment de la rencontre du spermatozoïde et de l’ovule. Dans le deuxième, a lieu la programmation de notre petitesse. L’aimer ouvre la porte sur notre grandeur, c’est un début de foi. Puis le troisième est le temps de l’apprentissage à se re-susciter : être capable d’aimer sa petitesse, de parler au petit garçon, à la petite fille, en soi. Dans nos tentatives, nous sortons du jugement, nous ne nous faisons pas de mal. Nous sommes pardonnables de ne pas trouver les mots au petit, en nous. C’est la tendresse divine. Le dernier mystère est le retour à Dieu » [7].

– La notion de foi : « La foi est une activité psychique particulière à l’homme. Elle a trois sources, trois axes : croire en un plus grand que soi ; croire en un créateur, voire des créateurs ; croire en l’invisible. La foi est un phénomène complexe et se modifie avec l’évolution de la conscience humaine. Aujourd’hui, dans notre société occidentale, chacun a un seul dieu mais veut que ce soit le sien qui soit le Dieu. La nouvelle étape de la foi passe par une reconquête de la vie intérieure. La modification est : Dieu est unique ET en chacun de nous, il y a un nouvel homme. Pour retrouver cet homme, il faut y croire. Il faudra trouver des outils pour le reconquérir » [8].

La psychanalyse corporelle, à travers ces concepts, est donc en lien avec la vie intérieure, le divin et la foi.

De plus, elle poursuit ses recherches et ouvre de nouveaux champs d’expérimentations comme la stimulation d’une mémoire du futur. Appelée niveau 8 de profondeur, cette psychanalyse corporelle du futur permettra de nous faire apercevoir « ce que nous pourrions être ». C’est une nouvelle étape, un complément de la psychanalyse corporelle pour réveiller l’homme de foi.

Lors de ma psychanalyse corporelle, au-delà de ma future fonction de praticien, j’ai découvert d’importants liens entre mon histoire passée apaisée, et mes convictions d’homme de foi. J’ai souhaité vérifier d’éventuelles similitudes avec d’autres analysants, ayant suivi un parcours semblable au mien. C’est pourquoi, j’ai souhaité réaliser une analyse de contenu [1].

Celle-ci porte sur les bilans écrits de 14 personnes ayant une cure aboutie au sein de l’association Artas. 7 femmes et 7 hommes, dont la moitié sont membres de l’IFPC. Ce sont donc 56 bilans de session où les personnes étaient en état de champagne. Nous appelons « champagne », une scène traumatique complètement revécue.

Beaucoup d’informations, liées au sujet traité, se concentrent dans les bilans de la naissance. Pour autant, les bilans des autres scènes, basés sur des faits beaucoup plus concrets, ne sont pas à négliger.

Rappelons que l’objectif de la psychanalyse corporelle est avant tout une réconciliation avec ses bourreaux de circonstance. Elle cherche à nous apprendre dans son présent à mieux vivre avec son passé, au lieu de vivre contre son histoire et de la subir inlassablement. Le travail d’accompagnement du psychanalyste corporel est de découvrir les faits, le concret de l’histoire, et non de développer une analyse métaphysique. Pourtant, force est de constater que les analysants nous confient, dans leurs bilans, des trésors déroutants.

Notre origine ne serait pas terrestre, et là d’où nous viendrions est décrit comme un lieu paisible, harmonieux, infini, immense et lumineux. L’unité et l’amour y règnent. Notre incarnation aurait un sens et notre mission première s’adresserait à nos parents : nous sommes des porteurs d’amour, des messagers de paix. Le divin ou d’autres entités seraient présents et nous accompagneraient dans le respect de notre liberté d’agir. Notre foi, nos principes, sont mis à l’épreuve. Mais nous garderions en nous une part de ce que nous avions avant de nous incarner. Et sur terre, nous resterions en lien avec le Ciel.

La psychanalyse corporelle a comme un rôle de révélateur de ce que nous avions enfoui au plus profond de nous. Et que dire de ces témoignages d’après champagne qui ouvrent la possibilité d’une reconquête de notre intériorité aimante, d’une réconciliation avec le divin et d’une confiance en la Vie !

Ma propre expérience me montre que je n’ai pas pu retranscrire, dans mes bilans, la totalité des ressentis liés à ma rencontre avec le divin. Qu’en est-il des autres analysants ?

Et pour prolonger la réflexion : Que se passe-t-il après la cure ? Y-a-t-il une évolution de la foi suite à une cure ? [1]

Afin de pousser l’investigation, j’ai donc interpellé directement ces êtres ayant fait ce travail psychanalytique. Après avoir rédigé une grille d’interview, j’ai questionné 14 personnes, moi compris, ayant une cure aboutie au sein de l’association Art’as, pour les deux tiers, ou en libéral, 7 femmes et 7 hommes, tous en fin de formation à l’IFPC. Mes relations antérieures avec ces personnes m’ont permis de les questionner plus en profondeur et en intimité.

Le questionnaire a été construit sur trois axes : un état des lieux pré-cure du chemin spirituel  et des principes de chacun ; un bilan d’expérience lors de la cure ; une synthèse des effets de la cure sur leurs convictions et leur foi.

Une majorité des interviewés a grandi au sein d’une famille catholique, mais souvent très peu pratiquante. Nombre de sondés pratiquaient par obligation familiale. À l’adolescence, la plupart s’est détaché de la religion, par arrêt de la pratique, et rupture de leur foi. Quelques principes de cette confession restaient pourtant ancrés en certains : Dieu créateur, Dieu amour, Aime ton prochain comme toi-même.

Peu de leurs parents sont sur un chemin spirituel, sans être très engagés. Par contre, les questionnés sont nombreux à être engagés sur un chemin spirituel, ou à l’avoir été. Leurs principes de vie les plus cités sont : chaque homme a une mission sur terre ; il existe des présences invisibles, impalpables ; l’amour est source de vie ; le dialogue avec l’ange ; la vie éternelle.

Une forte majorité des répondants ont un ou plusieurs principes liés à une spiritualité confessionnelle ou laïque.

D’autres principes sont également cités : la solidarité, la coopération, l’entraide ; le respect de la vie; et rarement la vie après la mort, la réincarnation.

Les motivations pour débuter la cure sont parfois par obligation pour suivre la formation, souvent pour comprendre son fonctionnement, pour trouver des réponses au sens de sa vie, et majoritairement pour améliorer sa vie.

Aucun n’a débuté sa cure pour donner du sens à ses principes ou à sa foi.

Les questions portant sur la période de la cure étaient très générales, nous ne retrouvons pas tous les détails présents dans les bilans de champagne. Pour autant, des confirmations voient le jour. Les quelques personnes n’ayant aucun principe lié à une confession ou un chemin spirituel, ont découvert leur lien au divin. Pour les autres, certains sont seulement dans la confirmation, et d’autres abordent en plus des éléments nouveaux.

Dans la naissance, tous parlent de la présence bienveillante, de l’aide ou du lien avec Dieu, cité sous différents noms ou des entités amicales invisibles. La plupart partage sur un « au-delà » lumineux, immense, infini, léger et harmonieux. Certains témoignent de leur incarnation volontaire ou d’un non choix. La notion de tâche est abordée, et parfois, des informations détaillées sont conquises, se confirment dans leurs choix de vie.

Dans la petite enfance, nous retrouvons des témoignages récurrents parlant du divin, d’une présence invisible et bienveillante et de la tâche.

Lors du revécu du traumatisme de l’enfance, les expériences de foi sont rares. Il est parfois partagé des éléments sur le divin ou la tâche.

Enfin lors de l’adolescence, le divin, l’ange et/ou la tâche réapparaissent plus fréquemment.

À chaque fin de scène, il y a une perte de performance des organes des sens. De nombreuses personnes témoignent avoir perdu à ce moment là le lien avec Dieu, leurs amis de lumière, la foi ou la religion. C’est lors de leur champagne, qu’ils ont pu construire ou reconstruire leur foi. C’est ce que nous allons découvrir ci-dessous.

Si au départ, aucun des sondés n’a décidé de débuter cette cure pour donner du sens à ses convictions, l’impact, à cet endroit, d’une psychanalyse corporelle achevée, est indéniable et unanime.

La relation à Dieu est mise en valeur par une réconciliation, une redécouverte ou une conversion. C’est encore plus présent sur le sujet de la foi, avec sa découverte ou sa confirmation. Plusieurs défendent, comme un enjeu majeur, le principe d’aimer l’autre comme soi-même. Enfin beaucoup soulignent que la foi est personnelle, une intime conviction intérieure, de soi à soi.

La prise de conscience de ce que nous avons perdu donne envie de plus prier, de remercier, de pratiquer. La cure a un rôle qui facilite ces dynamiques : mieux se voir, accéder au pardon, consoler le petit qui est dans notre poitrine. En même temps, la pratique dans un chemin spirituel les a aidés dans l’avancement de leur cure. Elle continue à les aider à ne pas oublier l’expérience vécue. Il leur est parfois difficile de dissocier les effets de leur psychanalyse corporelle et ceux de leur pratique. Les deux sont intimement liés.

En 100 ans, les relations entre la psychanalyse et la religion catholique sont passées de conflictuelles à constructives. Une recherche de l’essentiel, une amélioration des relations entre les hommes, un vécu quotidien plus apaisé, plus vivant sont leurs objectifs communs.

De l’analyse conduite auprès de personnes ayant une cure aboutie, la psychanalyse corporelle apporte sa pierre à l’édifice de cette réconciliation avec soi-même, avec le divin et une foi personnelle.

Nous nous retrouvons face au propos de Bernard Montaud : « Les croyants sont las de prier certes un Dieu unique, mais qui reste commun à tous. Depuis peu l’envie d’intimité amoureuse avec Dieu lui-même est devenue une nouvelle forme de foi, comme si le Dieu unique des religions était en train de devenir le Dieu unique de chacun. (…) Une foi non plus religieuse, mais une foi spirituelle concernant un créateur qui reste unique, une foi qui devient personnelle à chacun. » [9]

Il rejoint l’annonce de la nouvelle Alliance, 600 ans av. JC, par Jérémie (31,33-34) : « Oracle du Seigneur : je déposerai mes directives au fond d’eux-mêmes, les inscrivant dans leur être ; je deviendrai Dieu pour eux, et eux, ils deviendront un peuple pour moi. Ils ne s’instruiront plus entre compagnons, entre frères, répétant : « Apprenez à connaître le Seigneur », car ils me connaîtront tous, petits et grands. »

Bertrand Gonin,
Psychanalyste corporel.

Bibliographie

[1] B. Gonin, « Il était une Foi en Psychanalyse Corporelle Ou Les traces du Divin dans la Psychanalyse Corporelle », Mémoire de fin de formation IFPC, 2015

[2] N. Jeammet, « Sujet de désir, sujet de foi. Après Freud, quelle religion ? »Raisons politiques 4/ 2001 (no 4), p. 71-82.<http://www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2001-4-page-71.htm>

[3] Y. Colin, sur l’ouvrage d’A. Desmazières : L’inconscient au paradis : comment les catholiques ont reçu la psychanalyse, Éd.Payot, 2011.<http://www.nonfiction.fr/article-5059-p5-psychanalyse_et_theologie__quelles_conditions_pour_un_dialogue.htm>

[4] G. Delrue, journaliste à RFI, Religion et psychanalyse, extraits émission du 20 mai 2012.<http://www.rfi.fr/emission/20120520-1-religion-psychanalyse/>

[5] B. Montaud et J.-C. Duret, Allô mon corps… fondements de la psychanalyse corporelle, Éd. Édit’as, 2005.

[6] B. Montaud et collectif, La psychologie nucléaire-un accompagnement du vivant, Éd. Édit’as, 2001.

[7] B. Montaud, La vie éternelle, Notes personnelles du 6 juil. 2012.

[8] M.A. Berthelet, L’évolution de la foi selon l’évolution de la conscience humaine, Notes personnelles du 3 juil. 2014.

[9] Entretiens de B. Montaud avec J.-C. Duret, Il était une foi…, Éd. Édit’as, 2000.

 

 

 

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