Le mot du président

Être psychanalyste corporel : un état d’être.

Depuis novembre dernier nous avons abouti à clairement définir l’identité du psychanalyste corporel. Celle-ci s’inscrit dans une charte des valeurs qui nous lient en tant que membres de l’IFPC. Il en résulte que le praticien présente plusieurs spécificités :

il est  un spécialiste de la miséricorde.

  • La sienne en premier.
  • Vous comprenez que la nécessité d’un chemin spirituel s’impose. Sinon connaître seulement son histoire passée ne servirait à rien. Mettre cette connaissance de son passé au service de sa vie présente s’apprend et réclame un chemin spirituel.
  • Il est impossible d’être un spécialiste de l’expérience « ni bourreau ni victime » pour autrui sans l’appliquer déjà à soi-même.

il est un être relié

  • à un enseignement, celui de la psychologie nucléaire ;
  • à son superviseur et par lui au fondateur de la psychanalyse corporelle ;
  • à l’invisible, à ce qui dépasse sa personne, à quelque chose de plus vaste.

Bref c’est un état d’être. Les expériences de réconciliation de pardon et de miséricorde ont forgé peu à peu cet état d’être.

c’est enfin un être de foi.

L’homme n’est pas qu’un acteur économique, réduit à la pulsion qui consiste à s’enrichir, à consommer. Il a une vie intérieure.
Demandons-nous si le malaise dans la société, perceptible chez beaucoup, ne serait pas existentiel ! C’est-à-dire un mal-être lié à notre façon d’être, à la manière d’exister ?

En tant que psychanalystes corporels, nous avons des éléments de réflexion et de réponse à apporter.

L’être humain est un être qui désire sans limite. Si nous désirons sans limite c’est que nous désirons l’infini. Par contre nous cherchons l’infini au mauvais endroit. En effet le monde extérieur est marqué par la finitude. Or nous entretenons la croyance que ce monde extérieur peut satisfaire notre désir! N’est-ce pas la raison pour laquelle la vie ressemble souvent à une errance jonchée de frustrations et de désillusions ?

Que faire pour se soustraire à cette fatalité ?
Ré-orienter son désir. Arrêter de chercher l’infini où il n’est pas.
Cherchons-le là où il se trouve. Et mettons-le en priorité.
Cet infini qui nous hante est un appel intérieur. Notre désir d’infini peut être comblé.

L’articulation inséparable entre psychanalyse corporelle et foi nous permet d’approcher, de sentir quel est le nom de cet infini. La foi du psychanalyste corporel trouve ici sa nécessité et son déploiement.
C’est parce que nous désirons sans fin que seul l’infini peut nous combler.
À travers notre psychanalyse corporelle, en particulier à travers le traumatisme périnatal, n’avons-nous pas approché que nous sommes d’essence divine ?

Mais nous mourrons comme des hommes.
Une brèche se situe à cet endroit entre notre nature divine et notre condition humaine. Oui, nous sommes créés, c’est-à-dire que nous recevons notre être. Nous ne sommes pas l’origine de notre être mais nous nous comportons comme si c’était le cas.
L’homme en vérité ne manque pas de quelque chose ou d’un objet  qu’il lui faut acquérir à tout prix, il ne manque de rien. Il manque d’être.

À travers son parcours, à travers son ancrage dans une voie spirituelle, le psychanalyste corporel a trouvé le moyen pour sa vie ,  de sortir de cette impasse existentielle. La réconciliation avec son histoire se double d’une réconciliation avec sa foi. Il est relié à plus vaste que sa personne, que son petit moi. Il a cessé de prétendre être l’origine de soi. Il connaît l’importance de l’intériorité, de l’invisible. Bref du divin.
Il ne peut que faire sienne l’affirmation suivante : le désir de l’être humain ne peut être comblé que par l’infini. Mais en cherchant à l’intérieur de soi.
Autrement dit, cessons de diriger notre désir vers l’extérieur, orientons-le à l’intérieur de soi.

Une seule question doit nous hanter, nous humains et en particulier nous psychanalystes corporels :

« qui règne en moi ? »
mon petit moi ou cette part d’invisible, d’impalpable, de céleste ?

La « modernité » occulte le règne de l’intériorité, le règne de l’invisible, le règne de Dieu. L’individu moderne entend régner sur lui-même.
D’où la nécessité d’un retournement intérieur inévitable, comme appelé.

Nous, psychanalystes corporels, avons un rôle, une action essentielle à jouer dans ce champ. Notre parcours, notre identité spécifique de psychanalyste corporel, constitue une réponse (possible) au malaise existentiel partagé par un grand nombre de contemporains. Le recrutement d’une nouvelle promotion de psychanalyse corporelle devra tenir compte de cette orientation nouvelle.

Psychanalyse et Foi façonnent à n’en point douter cet état d’être si précieux.

Kopp Jean-Luc
Président de l’IFPC

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