Les psychanalystes s’expriment

Confinement, une opportunité ?

LIBERTE

En tant que privation de liberté, ce confinement n’éveille ni frustration ni colère en moi. L’emprisonnement, je l’ai vécu de manière bien plus aïgue pendant toute une période de ma vie, élevant seule un enfant et ayant peu de moyens financiers. A ce moment là, j’accusais l’extérieur de ma vie étriquée, c’était la faute aux autres ! 
Il m’en a fallu du temps pour que je comprenne que la pire des géôlières logeait dans ma poitrine, toute absorbée à m’empêcher de vivre. Mes besoins étaient sans cesse étouffés et à la longue avait crée cette vie étriquée.
Combien de fois ai-je eu à lever le voile de l’illusion pour me pencher vers la petite Séverine, la prendre dans mes bras afin de la rassurer qu’elle a bien le droit à l’existence ?
Combien de fois ai-je été touchée par cette gamine, qui pour ne pas faire souffrir s’est effacée en bridant tous ses élans de vie ?
Le confinement est un cadeau pour que je puisse me donner vie.

Séverine Matteuzzi

 

 

Donner autrement

Avec ce confinement j’apprends à faire autrement. Je fais les choses pour moi d’abord, je le fais avec le meilleur de moi, j’en suis heureuse et, en plus, le bonheur que je vois chez les autres se rajoute encore au mien. Je cuisine, j’innove, je fais des gâteaux, je cherche un nouveau petit plaisir à partager ou bien « j’accompagne » d’autres dans leurs difficultés du jour avec ma petite touche de nouveau à moi (par Skype ou autre technologie … Merci pour tous ces divers moyens mis à notre disposition, même si cela coince parfois !)
Tout simplement donner, sans avoir l’impression que l’on m’arrache une partie de moi pour obtenir quelque chose, juste le plaisir d’être bien dedans et de donner à ma mesure. Etre « la Cerise sur le gâteau ! », rien de plus. Etre en Paix.
Ce confinement me permet de conscientiser ma vraie joie de vivre, de renouer encore plus avec cette petite fille espiègle, coquine, si joyeuse de vivre. Je l’ai cachée depuis longtemps derrière ce visage dur ou boudeur. En effet, une très ancienne histoire me raconte que c’est dangereux d’être tout simplement heureuse, d’avoir du plaisir !
Et donc depuis lors, je me suis créé un monde de fausses obligations dans lequel je cours, je cours et je m’agite sans cesse afin de ne pas me faire rattraper… par qui par quoi ???? Toujours cette histoire ! Ce n’est pas une Vie !!! Et pourtant… c’est la mienne, il me reste donc à aimer cette histoire pour avoir accès au chapitre suivant.
Quel cadeau ce confinement ! Merci, Merci, Merci d’avoir accès à tout cela!
Et si le goût de cette Nouvelle Vie me donnait envie de la déguster encore et encore ? 

  Isabelle Barsamian 

 

Et vous comment vivez-vous le confinement ?

A l’heure où tout est figé, à l’arrêt extérieurement, il y a quelque chose qui demeure intacte et qui grandit : L’Essentiel de nos Êtres, la vie intérieure prend sa vraie place.
Cet écrin précieux et sacré dans lequel tout est possible « la liberté intérieure ».
Le regard sur soi, les autres prend alors une autre dimension.
Je pense à cette phrase du Petit Prince « L’essentiel est invisible pour les yeux on ne voit bien qu’avec le coeur ». Le coeur reprend sa place, être EN VIE a un autre goût.
Je vais bien heureuse d’être en vie. Je vis ces moments comme une grâce qui m’est donnée pour me reconnecter jour après jour à ce qui est important. Des choses simples : être dans le silence, prendre des nouvelles des êtres chers, aider par une parole de réconfort, faire une prière, être dans l’ici et maintenant en paix mais aussi en colère, sourire, pleurer, jouer, sentir !
Mais aussi cuisiner et partager les repas avec celui qui vit à mes côtés et que je croisais. Ma première semaine de confinement fut une réjouissance comme lorsqu’on annonce aux enfants qu’il n’y a plus d’école ! Plus de programme extérieur ! Un autre rythme peut exister, plus juste, plus intériorisé. Être présent à soi en intimité pour s’ouvrir aux autres. Je pense à ceux qui sont malades, à ceux qui sont en première ligne, tous ceux qui n’ont pas le choix d’être chez eux et qui se donnent coeur, corps et âme. Je remercie ! 

Jocelyne  Guerder

Miroir, miroir

Vous a-t-on déjà, parlé de l’effet miroir dans un couple ?
Il consiste à repérer dans nos propres comportements ce qui nous agace chez l’autre.
« Qu’est-ce qu’il m’agace dans son canapé avec sa bière… »
Quand on a la chance de s’entendre formuler un reproche, commence le plus délicat :
Choisir de s’arrêter, de se retirer dans un petit coin et de se prendre par le cœur pour se confier ce qui nous agace vraiment.
« Ah oui c’est son côté avachi, qui se laisse aller, qui ne se tient pas… plus précisément son dos enroulé dans le canapé et son ventre rond qui apparait…»
Cela peut se jouer dans un millimètre de posture un peu trop relâchée, ou dans une petite barbe de deux jours, un tee shirt trop usé. Nous les femmes, nous avons l’œil pour ce genre de détail… Arrive alors le second moment délicat : se confier en quoi je suis cette « avachie », ce dos qui ne se tient pas là maintenant ? Qu’est-ce que je ne fais pas par peur, par paresse ?
Ayez confiance… La réponse ne laisse pas attendre.
« Oh j’avais décidé de me lever plus tôt pour écrire… »
Si je cherche un peu plus loin, alors je rencontre la petite fille de mon passé qui avait de bonnes raisons de ne pas vouloir écrire et qui aujourd’hui encore bride l’adulte.
C’est l’heure alors de re choisir ce petit rdv loupé avec un peu d’amour et d’humour pour celle qui s’est défilée et de laisser chéri tranquille siroter sa bière !
Ce jeu est fort reproductible en cette période de confinement où brusquement le miroir est très présent et se fait quelque peu grossissant ! 

Sylvie Regnault
20 avril

Violences

Confinement. Cela dure, s’éternise, et combien d’élans de solidarité, d’élans de créativité naissent et envahissent les ondes en ce moment ! Vraiment, merci et bravo !
Mais aussi dans les familles, la violence augmente. Une exhortation : femmes battues, enfance en danger, – et on peut ajouter hommes maltraités -, AGISSEZ ! Des numéros sont mis à disposition, des soutiens s’organisent. Merci encore !
Pourtant, au fond de moi, une crainte : que ce ne soit pas pour dénoncer, stigmatiser mais bien pour tendre la main aussi vers les auteurs de violence. Non pas pour les disculper de leurs actes qui restent bien évidemment répréhensibles, mais parce que derrière les coups et les cris se cache une profonde misère. Cette violence-là, souvent, ces êtres capables de lever la main pour frapper l’ont subie, enfants. Elle est inscrite en eux, indélébile.
Parce qu’ils l’ont souvent vue à l’oeuvre dans leurs cabinets, les psychanalystes corporels peuvent l’accueillir, l’entendre. Un chemin de réconciliation et d’apaisement existe.
Si vous le souhaitez, contactez-nous. Une permanence téléphonique et via internet par l’ensemble des psychanalystes corporels est mise à votre disposition.

https://psychanalysecorporelle.net/permanence-telephonique/

Muriel Casalis
12 avril 2020

 

Un choix

Il est dans la vie, des rendez-vous essentiels, des rendez-vous qui ne se représenteront pas deux fois et cette période de confinement, à mon sens, en fait partie…
Nous voilà donc tous (exceptés ceux et celles qui œuvrent magnifiquement pour le service à autrui en cette période de crise sanitaire) devant ce choix unique : celui de bien vivre ou mal vivre le confinement !
Que nous soyons seuls, en couple, ou encore en famille, la même question se pose :
Comment bien vivre cette situation de cloisonnement entre nos quatre murs, sans se quereller, sans détester les siens ou tout simplement se détester soi-même et en arriver comme nos amis chinois à un record des divorces en cette période post-confinement ?
Car, qu’on le veuille ou non, tant que l’on n’aura pas appris à aimer ses propres imperfections, il va être difficile voire impossible d’aimer celles des autres ;
Vivre en paix et en harmonie, dans cette situation de proximité permanente avec les siens, devient alors pour sûr, mission impossible…
Et si cette période de confinement était une opportunité de rentrer en connaissance avec soi pour apprendre à s’aimer et mieux aimer ceux qui nous entourent !
Vivre un confinement- règlement de compte ou vivre un confinement-réconciliation avec soi-même d’abord, puis avec son conjoint, ses enfants, voilà un choix devant lequel est mis un grand nombre d’entre nous aujourd’hui.

                                                                                                          Valérie Robert

 

 

Un trait d’union 

Lors de cette retraite à l’échelle du monde, pour ceux qui vivent cette période en continuant à se rendre au travail : n’est-ce pas l’opportunité de profiter du silence des rues désertes pour entrer en soi, se promener main dans la main avec son intériorité ? 

De prendre le temps de se tourner en pensée vers ceux qui souffrent, tout en se donnant le droit de déguster le moment délicieux de l’instant, « ajouter du lourd » n’effaçant aucune souffrance sur terre ? De tenter de préserver cette paix, de la diffuser même dans l’agitation inévitable qu’occasionne le travail dans les tournoiements des mails et des appels téléphoniques, doublés d’une anxiété sous-jacente ? De créer un trait d’union pour être présent à soi, tout en vaquant à l’extérieur ?

Séverine Matteuzzi

 

 

On ne confine pas la vie   

Maison avec jardin, vie à deux, relations amicales et assez d’argent pour ne pas trop s’angoisser de voir nos revenus baisser brusquement… nous vivons un confinement de luxe.
Méditer, prier, oui c’est bon d’y être contraint et ces conditions de vie facilitent grandement les choses.
De là je ressens un certain malaise face à ceux confinés dans des appartements déjà trop petits en temps normal et qui ne savent pas comment ils vont payer leur loyer le mois prochain.
Mais voilà qu’on entend, çà et là, à nouveaux les poètes. Ils ouvrent les fenêtres sur la rue et inventent des « jeux pour un balcon », offrent un air d’opéra à l’heure de l’apéro, organisent une chorale verticale du rez-de-chaussée au 10e dans une barre d’immeuble de la Villeneuve. Il y a aussi les élans de ces jeunes marseillais qui prennent une place solidaire dans leur quartier. Ils apportent les courses, récupèrent des invendus, montent à la hâte des restos du cœur pour ceux qui ne mangent plus à leur faim. Comme des herbes folles, libres et sauvages, ces manifestations de Vie poussent même sur le bitume, on ne les confine pas !
Alors tout à coup dans notre jardin loin d’eux, mon cœur se met à réclamer son besoin d’aimer et de donner lui aussi, de faire la fête, de partager plus de bonheur et de beau.
En route pour s’ouvrir plus aux autres !
Merci courageux poètes et merci le silence pour écouter ce que notre cœur nous murmure !

Sylvie Regnault

 

 

Un autre regard sur le confinement

Confinement, confinement, vous avez dit confinement… J’adore !!!
Mais d’où cela me vient-il ?
Il y a pour moi quelque chose de doux, de protégé, d’aimant dans cette expérience… Je retrouve l’expérience du ventre maternel ! J’étais au chaud,
rassurée, avec ma maman, je flottais libre dans ce ventre, je me sentais pleine d’amour.
Je vis aujourd’hui, depuis peu dans une communauté avec six autres personnes, une nouvelle famille en quelque sorte et dans notre situation actuelle de confinement, je ne me sens pas toute seule mais protégée, je sens une chaleur bienfaisante autour de moi. Petit à petit je retrouve une joie de vivre, un autre rythme dans lequel je profite de chaque chose faite, j’en prends la mesure et j’essaye de confier mon bonheur aux autres, d’avoir fait cela ou cela…
Je me sens plus proche de ce que je suis vraiment ou de ce que j’étais avant d’arriver sur « terre ». Simplement Etre, ne plus croire que je suis obligée de me conformer aux désirs des autres pour exister.
Waouh, que c’est bon.

  Isabelle Barsamian


Séparées  

16 mars 2020, 15h, j’arrive devant l’entrée de l’EPAHD où réside maman. J’ai entendu ce matin que les visites seraient suspendues mais moi j’ai des médicaments à lui porter et on ne peut pas m’empêcher de me rendre auprès d’elle comme chaque semaine. 

J’entre dans la résidence et je suis arrêtée par deux aides-soignantes que je croise dans le couloir. Elles me demandent de ressortir, les visites sont interdites ici aussi depuis ce matin. 

Je sens en moi la révolte qui se lève. J’ai beau me justifier, rien n’y fait. C’est si difficile de faire demi- tour à quelques mètres de sa porte… Si j’avais sondé mon cœur en cet instant, j’y aurais sûrement trouvé une envie folle d’hurler son nom pour qu’elle sorte de sa chambre et qu’elle passe la barrière de ces deux femmes pour me prendre dans ses bras… 

De retour dans ma voiture, je suis à la fois en colère et désespérée.
J’attends pour mettre le contact… je rentre en moi-même. Mais que se passe-t-il vraiment, d’où vient toute cette émotion ? 

Je sonde mon cœur jusqu’à ces mots qui émergent brusquement : « On me prend ma maman ! » 

Je suis surprise par l’expression de cette douleur, je me demande quelle petite de mon histoire peut   pousser ce cri de détresse. Aussitôt me revient en esprit un instant de ma naissance revécue en psychanalyse corporelle : je viens de naitre suite à une césarienne en urgence. A peine extraite du ventre, on me confie à une infirmière tandis que maman est emmenée au bloc. Pour le nouveau-né, après avoir perdu l’amour infini du monde intra-utérin, il n’y a pas d’autre raison de vivre que de rejoindre l’amour de sa maman. Et là, on me l’enlève, des soignants l’emportent, se dressent entre nous… 

Comme je suis touchée de retrouver la détresse de cette toute fille et en même temps émerveillée de sentir à quel point elle m’habite et comme elle s’est immédiatement réveillée dans le couloir de cette EPADH. Je la console, je me console, je perçois la nécessité de ce confinement et la peur de ne plus revoir ma maman. 

Libre de mon histoire, je commence un chemin de mots d’amour plus chauds, chaque jour, avec elle, écrits ou par téléphone. Sans cette interdiction de la voir, sans cet éclairage de mon histoire, aurais- je su passer au-delà de mes reproches au corona, aux mesures de confinement, à la fermeté des soignantes ? Aurais-je perçu combien j’ai peur de la perdre sans lui avoir dit tout l’amour que je contiens pour elle ? 

Alors merci la vie et merci la connaissance de mon passé. 

Témoignage recueilli cet après-midi auprès d’une amie.

Sylvie Regnault
5 avril 2020.
 

 

 

Eloge du confinement

Ne plus pouvoir se fuir ou fuir l’autre ! Jusqu’à présent, seuls les êtres ivres de Dieu, choisissaient consciemment ce retrait du monde, désormais tous y sont contraints.

Solitude, silence deviennent nos fidèles compagnons, voire nos principales occupations. Calamité ou aubaine ? Et si c’était l’occasion d’une échappée, l’opportunité de goûter à un autre rythme ?

Faire silence pour se poser devant « Qu’ai-je fait de la Vie ? Qu’ai-je fait de ma vie ? »

Jean-Luc Kopp

 

 

Témoignage

Au début du confinement et au moment de fermer la porte de mon cabinet para-médical pour un temps non défini je me sens envahi par différents sentiments. Je ne suis pas tranquille, je me sens agité et dans la peur. 

Mais de quoi ai-je peur ? Je me pose et je regarde cette peur un peu plus en profondeur. En fait je n’ai pas peur du virus mais plutôt du lendemain.

J’ai l’impression d’abandonner mes patients. Vont-ils revenir ? Me feront-ils encore confiance ?  Est-ce que le système va tenir le coup ou s’effondrer et en particulier celui de la sécurité sociale. Si je suis sans ressource la société va-t-elle me laisser sur le bas-côté ?

C’est vraiment la peur d’être laissé de côté et abandonné à mon triste sort.

Et puis avec du recul je vois que cette peur vient de bien plus loin. Elle parle de ce petit Denis qui parce qu’il n’a pas répondu à ce que ses parents attendaient est mis de côté, abandonné à son triste sort sans plus aucune importance.

A ce moment je ne peux qu’accueillir ce petit Denis avec toute la douceur possible, je ne peux qu’ accueillir cette peur jusqu’à retrouver une paix et même une force pour continuer.

Cet instant me fait prendre conscience que j’ai deux possibilités de donner : soit donner par peur, prisonnier de mon histoire, soit me donner librement dans le service.

Denis Desfours

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