EDITORIAL

 

Peut-on se passer de pardonner ?

                                               PICASSO Pablo, La Paix, 1952,  

 

 

"Ce qui fonde désormais la peine, ce n'est plus la défense de la société mais la souffrance de la victime, au point de rendre la prescription du crime inconcevable."

J.C. Guillebaud,  dans sa chronique parue dans La Vie le 28 avril, attire notre attention sur ce point et questionne les conséquences propres à cette évolution.

Selon notre essayiste "60 ans après la souffrance est toujours là ". Il deviendrait impossible d' "effacer" le crime, c'est à dire qu'il soit prescrit. Cela se vérifie non seulement pour les crimes liés à la pédophilie (confère affaire Barbarin) mais également pour les attentats  récents  de Paris ou Bruxelles.

 

Toutefois l'Histoire nous prouve que la paix et la réconciliation sont nécessaires pour la pérennité de la société. Le conflit entre l'Allemagne et la France  l'illustre aisément, il aura bien fallu éteindre ce feu de haines, de violences croisées  entre les deux nations. Le projet européen est l'illustration effective.

Comment croire que nous pourrions désormais nous dispenser d'un tel "effacement" consenti ! A travers les images, les discours proférés, les bombes, les massacres perpétrés, tout nous incite à en découdre, à régler des comptes ; point de réconciliation à l'horizon! Or il nous faudra bien un jour  oeuvrer  à  ce parcours en réconciliation que ce soit chez nous ou en Irak comme en Syrie et ailleurs!

Comment ferons-nous ?

Ce qui vaut pour les peuples ne vaut-il pas pour les individus ? Peut-on se passer de réconciliation à notre échelle ?

 

Je recevais récemment dans mon cabinet un fils et son père. Depuis quelques mois, le fils en veut à son père. Ils s'étaient battus suite à un intrusion du père dans la chambre de l'adolescent, persuadé  que son fils perdait son temps au lieu de réviser pour le bac.

L'un comme l'autre ne peuvent envisager d'autre compromis que "moins on se voit, mieux c'est".

Tout est mis à distance, le problème, les personnes. On se condamne à entretenir un feu de colère, de rancoeurs, dont chacun pense que le temps en viendra à bout.

Impasse implacable dont aucun ne sortira indemne sauf à trouver le chemin d'une vraie réconciliation.

Il importerait non seulement de pouvoir tout dire et entendre depuis les ressentis de l'adolescent victime meurtri, mais encore de pouvoir réaliser que les motifs prêtés au père ne se limitent pas à ce qu'ils paraissent !

 

Ce parcours de désamorçage du conflit jusqu'à parvenir à une pacification et à une réconciliation constitue précisément le coeur de la psychanalyse corporelle.

Encore faut-il que s'impose en son for intérieur un "ça suffit ! Je ne peux continuer à vivre avec de telles haines et rancoeurs vis à vis de l'autre!"...

Pacification possible donc à l'échelle de nos vies individuelles comme l'illustre ce conflit père-fils!

 

Et à l'échelle des crimes et violences dont témoigne le monde d'aujourd'hui?

La responsabilité de chacun à s'en occuper est grande, car à défaut de s'y atteler individuellement, l'absence de réconciliation profonde et durable ne pourra que générer cette énergie de guerre qui déborde sur la planète.

 

Jean-Luc Kopp

 

 

UN CERTAIN REGARD…

 

Comme le dit Bernard Montaud dans son livre « La Psychologie Nucléaire » (1), le travail intérieur, qu’elle que soit sa forme - religieuse ou spirituelle, maçonnique ou tibétaine -, n’est ni un luxe, ni une mode passagère intellectuelle, mais une nécessité vitale pour l’espèce humaine. Après nos sociétés fondées sur le sacro-saint travail extérieur, il devient urgent que viennent celles du sacro-saint travail intérieur.

 

L’article de Christophe Gonzales, qui vous est présenté ci-dessous, montre combien la recherche de l’enfant intérieur est incontournable pour celui qui veut évoluer vers plus de maturité et de liberté. Ce travail intérieur demande des efforts, mais son prix en vaut vraiment la peine car il offre non seulement une véritable et profonde connaissance de soi, mais aussi il nous ouvre les portes du pardon.

 

 

 

 

 

                                                                MILOS Alexander, Love, 2015, sculpture en fil de fer

 

 

 

En quête de l’enfant intérieur

 

Sigmund Freud (1856-1939) a mis en lumière l’existence d’un psychisme inconscient, organisé et dynamique, créateur de symptômes pathologiques, et déterminant à notre insu notre vie psychique consciente. Cet inconscient qui se révèle peuplé de désirs infantiles, de sexualité immature, d’agressivité refoulée, a certes toujours été plus ou moins connu mais d’une manière assez vague, ou du moins sous une forme ésotérique,mystique. Freud, dans son désir de  reconnaissance auprès de l’autorité médicale de son époque, s’est coupé de toute tradition religieuse ouspirituelle.C’est Carl Gustav Jung(1875-1961) qui a fait le premier le lien entre psychanalyse et spiritualité.

 

Aujourd’hui, les deux courants existent au sein de la psychanalyse. Ne se complètent-ils pas plus qu’ils ne s’opposent ? Toujours est-il que l’étude des traditions anciennes peut nous éclairer sur ce chemin obscur, jonché d’embuches, à la recherche de son passé, vers la connaissance de soi, et qui passe d’abord par la quête de l’enfant intérieur.

Penchons-nous d’abord surl’enseignement de deux grands maitres spirituels, avant d’aborder la psychanalyse corporelle, dont le cœur de la pratique est la rencontre avec l’enfant intérieur.

 

Arnaud Desjardins (1925-2011) était sans doute le maître de tradition indoue le plus connu, du moins en France. Il avait suivi l’enseignement du guru indien Svâmi Prajnânpad, qui transcendait les formes religieuses et qui était lui-même un grand admirateur de Freud.

Dans son passionnant livre « Les chemins de la sagesse » (2), Desjardins explique largement sa vision de la connaissance de soi ; l’homme est condamné à souffrir, car le mental ne peut fonctionner que par comparaison et en référence à des souvenirs inconscients d’expériences infantiles qui dirigent à notre insu nos réactions, conditionnant nos succès ou nos échecs. Le développement de l’enfant se fait par cristallisation autour des drames de l’enfance, qui demeurent actifs dans l’inconscient. Cela donne des adultes tordus, qui voient tout de travers. Nous sommes donc tous esclaves de nos conditionnements, et c’est pourquoi les écritures sacrées parlent tant de l’affranchissement des esclaves.

 

Sous la conduite de leur maître, Arnaud et Denise Desjardins ont mis en œuvre une méthode originale, le lying, pour laisser s’exprimer les traumatismes infantiles refoulés dans l’inconscient. Le lying propose, à celui qui cherche à dénouer les fixations émotionnelles infantiles, de revivre ses traumatismes, afin de comprendre et d’assumer ce qu’il n’avait pu ni supporter ni résoudre à cet âge-là, et refaire le chemin manqué vers l’âge adulte.

 

Ce chemin comporte trois  étapes :

 

C’est d’abord la libération de l’émotion réprimée depuis tant d’années. Son expression entraine avec elle le retour à la conscience du souvenir traumatisant qui est revécu avec autant de réalisme qu’un drame actuel.

 

Ensuite, quand l’émotion a été suffisamment épuisée et qu’il est possible de revoir de façon neutre tous les détails de l’événement autrefois intolérable, il reste une rancune, une hostilité à l’égard du responsable, le père, la mère ou un substitut. Ce sentiment est dissipé par la compréhension des propres problèmes et difficultés de cet adulte fautif.

 

Enfin, l’ancien enfant devenu adulte voit les adultes d’autrefois comme des enfants attardés et prisonniers de leur propre inconscient, alors vient l’acceptation et le ressentiment fait place  au pardon et à l’amour. Alors, et alors seulement, nous sommes enfin libres.

 

Tich Nhat Hanh,maître bouddhiste zen, fondateur de la communauté du « Village des Pruniers »développe dans son livre « Prendre soin de l’enfant intérieur, Faire la paix en soi » (3)ce thème cher à la psychanalyse, celui de l’enfant intérieur qui souffre en chacun de nous.

 

Notre pratique, explique Thich Nhat Hanh, est fondée sur la vision profonde de la non-dualité. Colère et pleine conscience ne sont pas ennemies, elles font toutes deux partie de nous. La pleine conscience n’est pas là pour combattre ou supprimer la colère, mais pour la reconnaître et en prendre grand soin en l’enveloppant avec tendresse.

 

A l’instar du corps physique, notre conscience peut, elle aussi, souffrir d’une mauvaise circulation. Un bloc de souffrance, de peine, de désespoir peut s’installer, former ce que l’on appelle un nœud interne, ou formation interne, qui cherche à parvenir dans notre conscience mentale, notre salon, mais nous ne voulons pas de ces hôtes indésirables car ils sont trop douloureux à regarder. Nous voulons qu’ils restent cachés dans notre cave. Or toutes les formations mentales ont besoin de circuler, au risque si nous les entravons, de développer des symptômes de maladies mentales ou psychosomatiques. C’est là que peut intervenir notre pleine conscience, en stimulant et accélérant la circulation à travers les nœuds internes.

 

L’enfant qui nous habite ressent peut-être beaucoup de peur et de colère, tant il est demeuré longtemps à la cave. Si nous apprenons peu à peu à l’accueillir au salon, des blocs de souffrance risquent d’émerger, nous confrontant alors à davantage de souffrance, mais si nous acceptons leur présence alors nous pouvons les transformer avec l’énergie de pleine conscience. Chaque fois que vous offrez un bain de pleine conscience à vos formations internes, les blocs de souffrance en vous s’allègent.

 

Thich Nhat Hanh insiste longuement sur l’importance d’engager un dialogue avec l’enfant intérieur ; savoir l’écouter, lui parler, le réconforter constitue une méditation quotidienne qui apaisera progressivement l’enfant blessé en nous et nous nous sentirons ainsi de mieux en mieux, de plus en plus libérés.  Si nous reconnaissons et étreignons avec douceur l’enfant, le prenant tendrement dans nos bras, puis simplement en respirant en pleine conscience, si l’on se  dit  « j’inspire, je sais qu’il y a de la tristesse en moi, bonjour ma petite tristesse, j’expire, je vais bien prendre soin de toi »,alors quelques minutes suffiront pour apporter de l’apaisement, et grâce à l’énergie de la concentration nous serons en mesure de percevoir les racines de nos souffrances. C’est ainsi que la pleine conscience peut à la fois reconnaître, étreindre tendrement et soulager.

 

Ces deux approches nous apparaissent comme des prémices de la psychanalyse corporelle, fondée par Bernard Montaud (4). Cette psychanalyse nous donne accès à la connaissance de soi à travers le revécu des traumatismes qu’a subit l’enfant au moment de trois périodes cruciales dans son développement psychologique. Le premier de ces traumatismes survient dans la petite enfanceau moment où l’enfant découvre le mensonge en se confrontant à ce que l’on appelle le secret familial*.Le deuxième pendant l’enfance, de trois à huit ans, le détermine dans sa façon de ressentir l’ambivalence entre le plaisir et la honte. Le troisième à l’adolescence, le met face au principe de réalité en opposition à son idéal et achève de programmer l’enfant dans ses comportements de souffrances et d’échecs. En fait, ces trois traumatismes, que l’on qualifie de secondaires, sont des déclinaisons, des rappels du traumatisme fondamental de la naissance. Ce sont des sommets de souffrances psychiques qui résument trois périodes du développement de l’enfant. Ce sont donc trois enfants intérieurs qui nous habitent, trois facettes de notre personnalité, trois misères qui caractérisent notre égo.

 

Le revécu de ces traumatismes nous offre, non seulement la connaissance de soi, de notre passé, mais aussi l’opportunité de pardonner aux bourreaux de circonstance de notre enfance. La seule façon de nous libérer de notre passé traumatique  est de pardonner à nos bourreaux, et de se pardonner soi-même car on découvre, en cure de psychanalyse corporelle, qu’en réalité nous sommes entièrement responsables de notre histoire, responsables mais pas coupables. Innocenter l’enfant intérieur ne signifie pas accuser ses bourreaux, cela ne ferait que perpétuer une longue chaine de bourreaux-victimes-bourreaux… Le pardon s’impose de lui-même au terme du revécu corporel grâce à la compréhension de tous les tenants et aboutissants de notre histoire traumatique qui comporte parfoisdes originestransgénérationnelles.C’est seulement à partir de ce moment-là qu’il n’y a plus ni bourreau, ni victime (5). La réconciliation avec ses anciens bourreaux devient alors possible. Ce pardon authentique, issu d’un « tout voir », nous permet de consoler l’enfant intérieur, de l’innocenter et de consoler aussi, en parallèle, l’adulte d’aujourd’hui qui souffre toujoursdans ses comportements répétitifs d’échecs déterminés par ses traumatismes.

 

A travers ces quelques parcours évoqués, nous pouvons comprendre que la recherche de l’enfant intérieur est incontournable pour celui qui veut évoluer vers plus de maturité et de liberté. Ce travail intérieur demande des efforts, mais son prix en vaut la peine car il offre une véritable et profonde connaissance de soi. Il nous donne surtout la possibilité de nous réconcilier avec notre passé, avec notre famille, nos parents et avec tous les petits tyrans que nous croisons dans notre vie quotidienne. Si nous ne le faisons pas, inexorablement nous alimentons de haines et de rancœurs notre « cave intérieure », pour reprendre l’expression de Thich Nhat Hanh.

 

Boris Cyrulnik, célèbre neuropsychiatre, cite dans son livre « De chair et d’âme », une étude américaine qui révèle que 5 à 30 % des enfants maltraités deviendront à leur tour des parents maltraitants, et il précise que la plupart du temps, l’agresseur est intra-familial, le père ou la mère, presque à égalité. Comment un enfant traumatisé, sans même parler de maltraitance, pourrait-il devenir un adulte équilibré, créatif, aimant, affranchi de son histoire traumatique passée ?

 

Jean Piaget (1896-1980), grand psychologue suisse, prédisait qu’un jour viendrait où la psychologie des fonctions cognitives et la psychanalyse seraient obligées de se fusionner en une théorie générale qui les améliorerait toutes les deux. Pour ma part, je me demande si ce jour n’est pas déjà arrivé; il me semble que psychologie nucléaire et psychanalyse corporelle se complètent et se renforcent mutuellement. Ne fondent-elles pasune pratiquequi pourrait contribuer à faire émerger un monde en paix ?

 

Christophe Gonzales



*L’étude des modalités de ce traumatisme a fait l’objet d’un article de Muriel Casalis dans notre précédente Newsletter.

 

Références bibliographiques :

1 : Bernard Montaud, «  La Psychologie Nucléaire, Un accompagnement du Vivant », éd. Edit’as, 2001.

2 : Arnaud Desjardins, « Les chemins de la sagesse, Edition intégrale », éd. La Table Ronde, 1999.

3 : Thich Nhat Hanh, « Prendre soin de l’enfant intérieur, Faire la paix avec soi », éd. Belfond, 2014.

4 : Bernard Montaud et Jean-Claude Duret, « Allô mon corps, Fondements de la Psychanalyse Corporelle », éd. Edit’as, 2005.

5 : Bernard Montaud et co-auteurs, « Ni bourreau ni victime, Les apports de la psychanalyse corporelle», éd. Edit’as, 2009.

 



ACTUALITES

 

- l’assemblée générale de l’IFPC se tiendra le 3 juillet 2016.

- la 4ème promotion de formation à la conduite de psychanalyses corporelles, achèvera sa première année au terme de la semaine de formation de juillet.

- une refonte complète du site internet de l’IFPC est en cours. Nous espérons pouvoir vous présenter notre nouveau site d’ici la fin de l’année !

 

 

Chers abonnés, amis et collègues,

 

Début juillet 19 nouveaux psychanalystes corporels défendront leur mémoire après 5 années de formation. Et en octobre une nouvelle promotion commencera au sein de notre Institut. Il est toujours possible de s’y inscrire. Si vous êtes intéressé, rendez-vous sur notre site (onglet Formation).

 

La Lettre de notre Institut revient sur les événements de Paris en janvier 2015 pour vous faire sentir à partir d’un exemple comment la connaissance intime de nous-mêmes, conquise dans nos séances de psychanalyse corporelle, peut nous aider à nous rendre libre dans notre quotidien ?

 

#Qui suis-je ?

#Je suis Charlie,

#Je ne suis pas Charlie,

Un nouveau point de vue grâce à la psychanalyse corporelle.

Par Bruno Berte, psychanalyste et psychanalyste corporel.

 

Il n’est pas question de surfer sur la vague de l’actualité et encore moins sur l’émotion. C’est pourquoi je reviens seulement  maintenant sur les attentats tragiques de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015.

 

Mon but est de vous faire sentir, par un exemple vécu, l’accompagnement que propose la psychanalyse corporelle sur la façon de se positionner et donner du sens aux événements qui nous touchent.

 

Je vais donc partager avec vous ce que m’ont confié Jean-Marc, un patient, et sa compagne Marie.

Ce jour là, ce 7 janvier, comme beaucoup d’entre nous, Jean-Marc est choqué par ce qu’il entend à la radio. Des terroristes auraient décimé à l’arme automatique la rédaction de Charlie Hebdo ! Charb, Cabu,… Wolinski… Il me raconte les dessins qui lui passent par la tête, les images qui lui reviennent … « des nichons bien pointus de Wolinski » ! Il revoit ces dessins tellement légers et libres qu’il a découverts dans son adolescence… « merde, ce n’est pas possible, c’est dégueulasse ! »

Jean-Marc est outré : « Putain, juste des mecs qui font des petits dessins et qui disent ce qu’ils pensent, qui me font rire et me questionnent. Comment est-il possible de tuer ces gens, ces journalistes, dessinateurs et caricaturistes ? »

Puis Jean-Marc me parle de sa compagne Marie. Il a discuté avec elle le soir même de cet attentat quand elle est rentrée du boulot. Il est stupéfait de sa réaction. Alors qu’elle travaille elle-même dans une rédaction de presse écrite, elle parle de l’attentat presque avec indifférence. Et elle a surtout eu la phrase qui tue : ils l’ont bien cherché !

 

Jean-Marc me raconte combien la remarque de sa compagne l’a énervé au plus haut point : « Comment est-ce possible qu’elle pense cela ? C’est complètement l’opposé de ce que je ressens ! Comment peut-on seulement penser cela ? Alors que Wolinski s’est fait abattre en pleine réunion de rédaction pour de petits dessins ! Ce n’est pas possible ! Et la liberté d’expression alors ? »

 

Jean-Marc est totalement déboussolé que l’on puisse se positionner exactement à l’inverse de ce qu’il pense, et même à l’inverse du simple bon sens tellement il est persuadé de la vérité de ce qu’il ressent jusque dans ses tripes.

Sans même s’en rendre compte, tous deux ont chacun choisi un camp, l’un celui des terroristes, l’autre celui des caricaturistes !

Chacun croit savoir à l’évidence qui sont les bons et qui sont les méchants. 

 

Et vous, vous en pensez quoi ? Dans quel camp êtes-vous ?

Car au fil des mois, les deux camps sont bien apparus à travers les différents témoignages entendus sur les ondes.

 

Comment deux points de vue aussi différents sont-ils possibles ?

Est-ce qu’il y a une solution pour sortir de ce mal-être, cette sorte de parti pris quasi instinctif qui nous tombe dessus et génère des petites guerres dans notre vie quotidienne?

 

Que propose la psychanalyse corporelle ?

Ce travail de connaissance de soi extrêmement fin et précis permet de comprendre comment certains traumatismes de notre passé ont engendré tous nos comportements présents mais aussi toutes nos pensées et donc tous nos points de vue.

 

La PC permet d’utiliser cette connaissance de soi pour améliorer sa vie quotidienne.

Et c’est ce que j’ai proposé à Jean-Marc et Marie qui ont tous deux suivi cette psychanalyse.

 

Jean-Marc dans l’événement du 7 janvier défend à tout prix la liberté d’expression. Je l’invite à s’interroger, aller chercher en lui ce qui est si important dans cette liberté d’expression. Qu’est ce que cela révèle de son être ?

Jean-Marc se connait plutôt taiseux. Il sait comme il est souvent nécessaire d’insister pour le faire parler, pour connaître ses opinions et ses arguments.

Je vois le regard de Jean-Marc partir pour retrouver les images de ce passé reconquis en psychanalyse corporelle. Et il parle de la cuisine quand il avait 6 mois, la sensation des cheveux de sa maman dans sa main gauche, la purée de pommes de terre-carottes, le désespoir de cette maman, (…).

Et il rajoute :

«  Je sens ce petit qui ne peut pas dire - Mon Dieu, comme j’aurais aimé pouvoir dire mieux à ma maman - Comme je comprends aussi mon papa qui la blesse malgré lui tellement il a besoin de vivre enfin ! – Comme je comprends ma difficulté à parler et partager mon ressenti. »

 

Comment ce petit garçon de quelques mois aurait-il pu faire autrement face aux problèmes de couple de ses parents ?

Jean-Marc se sent plein de tendresse pour ce petit en lui qui ne peut pas dire et retrouve le goût de cette réconciliation avec cette maman et ce papa qu’il a vécu dans son analyse en revivant cette scène de son enfance.

Alors il comprend tout à coup son acharnement à défendre la liberté d’expression. Et son point de vue sur l’événement à Charlie Hebdo prend une autre coloration, comme si le voile de son histoire se levait pour faire apparaître une autre réalité.

Il me dit combien il comprend maintenant son admiration pour ces caricaturistes qui disent les choses, ce qu’ils pensent et ressentent dans des dessins si simples et percutants. Jean-Marc vient de comprendre pourquoi il a choisi leur camp. Il ne pouvait pas penser autrement, tellement quelque-chose en lui répète inlassablement qu’il aurait du « dire » lui aussi, savoir parler à sa maman.

 

Et sa compagne me direz-vous ? Est-ce donc elle qui avait raison ?

Marie a fait la même route intérieure que Jean-Marc. Et elle retrouve dans sa propre histoire d’où vient cette apparente indifférence. Elle a vécu des événements tellement douloureux qu’il a fallu les taire et supporter. Et alors à travers un souvenir elle comprend ce qui lui fait vraiment mal dans cet événement. Elle qui n’avait surtout pas le droit de déborder, qui mesurait chacun de ses gestes pour être bien dans la norme, comme c’est insupportable ces caricaturistes qui exagèrent les faits, débordent de partout en osant la critique sans aucune limite !

Et parce qu’elle est touchée tout à coup par cette petite fille, elle comprend ce « ils l’ont bien cherché ! ». Eux, ces caricaturistes, ils ont pris une liberté de s’exprimer à laquelle elle n’a jamais eu droit. Elle comprend aussi la douleur de devoir se taire et la violente réaction que cela peut engendrer. Et voilà comment elle s’est soudain retrouvée dans le camp d’en face.

 

Jean-Marc et Marie viennent de quitter le monde des partis pris. Eux qui croyaient chacun en leur vérité comprennent combien l’opposition entre leurs convictions s’explique par leur histoire personnelle.

Il émerge alors au dessus une réflexion qui les réunit :

Défendre la liberté de pensée, la liberté de culte, la laïcité, oui, mais pas en agressant l’autre, et surtout pas en blasphémant - Défendre le sacré, oui, mais pas en tuant au nom de Dieu !

 

La psychanalyse corporelle conduit à une profonde connaissance de soi jusqu’à rencontrer au fond de notre être, l’existence de ces camps qui nous enferment dans un point de vue unique (le camp de papa, le camp de maman,…). Ce choix totalement inconscient a le mérite de nous faire exister mais génère toutes nos petites guerres conjugales, familiales, professionnelles, sociales et politiques…

 

La psychanalyse corporelle nous invite à voir combien notre point de vue n’est que celui de notre histoire. Sortir de ces guerres personnelles, c’est voir les camps que nous recréons et comprendre les mondes qui se confrontent en nous.

Alors on peut rejoindre une véritable neutralité, un point de vue libre de notre histoire dans la perception que nous avons des événements de notre vie personnelle et des événements du monde.

Et ce nouveau point de vue réunit toujours les deux camps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chers abonnés et collègues,

La première édition des Rencontres Internationales de Lyon (RIL 2013), « Le corps au service de la conscience », a réuni près de 700 personnes à la faculté de médecine de Lyon en février 2013.

Cette nouvelle journée organisée par notre Institut a pour objectif de présenter au grand public un autre regard sur un sujet tellement actuel, le phénomène de crise.

Les trois chercheurs et écrivains bien connus qui nous rejoindront ce 14 mars, illustreront chacun dans leur domaine respectif, combien ces crises peuvent être une opportunité d’évolution pour l’avenir de l’univers, de la terre et de l’homme. Une table ronde animée par Caroline Lachowsky, journaliste à RFI, clôturera la journée.

L’ouverture des portes se fera à partir de 12 h, pour permettre la visite des différents stands.

Nous vous y attendons nombreux.

Réservation des places sur www.weezevent.com/ril-2015 , ou au 04.76.47.54.29 à la librairie L’Or du Temps.

RIL-A49

Trinh Xuan Thuan 

Astrophysicien américain, chercheur et professeur, il témoigne de la vision d’un scientifique sur l’univers et les questions philosophiques qu’il pose.
 Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont “L’infini dans la paume de la main” avec Matthieu Ricard


Titre de la conférence : « Crise » de l’Univers ? L’homme et le cosmos

Jean-Marie Pelt 


Agrégé de pharmacie, botaniste et écologiste, il est connu pour ses émissions de radio et de télévision sur les problèmes d’environnement et d’écologie.
 Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont récemment avec Pierre Rabhi « Le monde a-t-il un sens ? »


Titre de la conférence : Crise de la Terre

Bernard Montaud 


Ancien Kinésithérapeute Ostéopathe, il fonde en 1982 la psychanalyse corporelle. Ecrivain et conférencier, il est l’auteur de nombreux ouvrages dont « Allô mon corps... fondements de la psychanalyse corporelle».


Titre de la conférence : Les 4 traumatismes, sources de toutes les crises de l’Homme

Lire la suite : Lettre 14 - RIL Mars 2015

 

Chers abonnés et collègues,

Aujourd’hui, dans la Lettre  de notre Institut :

- le témoignage d’une personne en psychanalyse corporelle : une confidence d’une touchante sincérité !

- un article « La psychanalyse corporelle : une psychanalyse par-delà les polémiques ! ». Jean-Luc Kopp et Bruno Berte nous invite à œuvrer ensemble pour une évolution des concepts en psychanalyse.

Bonne lecture.

La psychanalyse corporelle : une psychanalyse par-delà les polémiques !

Berte Bruno et Kopp Jean-Luc, psychanalystes et psychanalystes corporels.

En tant que psychanalystes et psychanalystes corporels, nous sommes interpellés par les polémiques répétitives à l’encontre de la psychanalyse, la dernière en date étant le rapport de la Haute Autorité de la Santé questionnant l’efficacité de la psychanalyse dans le traitement de l’autisme. Avant cela, il y a eu les livres à charges[1]. La controverse  ne cesse d’être relancée, et le malentendu avec le public semble se creuser davantage. Quel sens donner à ces attaques récurrentes des détracteurs de la psychanalyse ? Ne serions-nous pas conviés à nous questionner, non seulement sur la nécessaire évolution de notre appareil conceptuel  et sur la démarche psychanalytique, mais également sur l’intérêt d’un échange entre praticiens ? En somme, dépasser nos querelles de chapelle, pour œuvrer ensemble à l’évolution de la psychanalyse. En effet si les théories psychanalytiques constituent une solide fondation, peut-être est-il nécessaire de les remettre en question et d’en renouveler certaines dimensions, ce que fit Freud sans arrêt jusqu’à sa mort.

Chronique : « A la fin de ma 1ère scène reconquise, je suis portée par une énergie nouvelle »

Sophie est un petit bébé de 5 semaines confié à des amis pendant que ses parents partent en vacances.

Elle est dans son lit cage, l’après-midi, elle voit le soleil par la fenêtre. Sans arrêt l’ado de 17 ans chargé de la surveiller pendant que la maman s’affaire ailleurs, revient dans sa chambre. Cette petite ne comprend pas pourquoi il l’ennuie tout le temps, revient encore et encore, la bouscule … elle sent que quelque chose est anormal !

Lire la suite : Lettre 13 - Octobre 2014

Au cœur du traumatisme constructeur de la petite enfance : Le secret familial

Laurence Maillard, psychanalyste corporelle

La psychanalyse corporelle a mis en évidence quatre traumatismes qui construisent notre personnalité : le traumatisme fondateur de la naissance et trois traumatismes constructeurs de la petite enfance, l’enfance et l’adolescence. Chacun d’eux, selon ses propres spécificités, va nous permettre de structurer notre personnalité.

Lire la suite : Lettre 10 - Juin 2013

Le corps au service d’une connaissance de soi

Emmanuel Girard-Reydet et Jean-Michel Lasbouygues

Depuis la révolution industrielle, la qualité de vie des sociétés occidentales s'est accrue de façon considérable sous l’effet des progrès médicaux, sociaux, politiques, et bien sûr technologiques. Qu'ils se manifestent dans l'aspirine, les congés payés, les transports, ou les multiples appareils qui peuplent notre environnement domestique, ils ont répondu peu à peu à des exigences et des contraintes de tout ordre, élevant d'une part le niveau et le confort de notre vie quotidienne et d'autre part, libérant du temps libre, du temps pour soi.

Lire la suite : Lettre 9 - Mars 2013

Sur la possibilité et l’utilité de reconquérir de façon non induite de vrais souvenirs refoulés

Bruno Berte, Emmanuel Girard-Reydet, Jean-Luc Kopp


INTRODUCTION – CONTEXTE  - PROBLEMATIQUE

Voilà  un certain temps que nous, psychanalystes corporels, observons une suspicion grandissante à l'encontre de la notion de refoulement en lien avec des évènements douloureux de notre passé personnel. Cette suspicion s’accompagne d’une mise en doute de la possibilité de pouvoir reconquérir de façon non induite de tels souvenirs refoulés, sachant que la littérature associée – qui se rassemble sous la thématique des « faux souvenirs induits » - s’inscrit dans une logique de dénonciation de pratiques d’accompagnement de type « victimologique » qui prône la confrontation à nos bourreaux et à leur accusation comme des étapes nécessaires à l’apaisement  de notre passé.

Lire la suite : Lettre 8 - Octobre 2012

Bonjour, La dernière Lettre vous présentait, souvenez-vous, le début d'une journée de travail de Nathalie.Ici, vous allez pouvoir lire, d’un point de vue plus théorique, ce qui est occupé de se jouer pour Nathalie ce matin là.
Comment se fait-il que Nathalie se sente toujours harcelée ? En vous souhaitant une bonne année 2011.

Lire la suite : Lettre 7 - Décembre 2010

L’instant présent

Bruno BERTE
Psychanalyste, Psychanalyste Corporel

Partout, il nous est conseillé de vivre l’instant présent, l’ici et maintenant.  Mais comment fonctionne cet instant auquel nous sommes conviés en permanence ?
Imaginez  Nathalie, mariée, deux jeunes enfants, cadre dans une société d’import-export. Suivons là dans un début de journée banal.

Lire la suite : Lettre 6 - Juillet 2010

Des faux souvenirs aux vrais souvenirs jusqu’ à la réconciliation.

La problématique de la mémoire abusée, des faux souvenirs induits est extrêmement grave et préoccupante. Psychanalystes membres de l’Institut Français de Psychanalyse Corporelle, nous nous devons de partager avec vous ce que nous vivons dans nos cabinets.

Lire la suite : Lettre 5 - Février 2009

« La tension lapsusale »

Ne cherchez pas « lapsusale » dans un dictionnaire, ce mot n’existe pas. Lapsusale, veut dire, « qui fait des lapsus ». La tension lapsusale est une tension corporelle qui produit des lapsus subconscients posturaux, c’est-à-dire capables de ramener des souvenirs du passé.

Voici une synthèse d’un cours que Bernard Montaud a donné en décembre 2007.

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Des fantasmes à la scène (part.1)

La psychanalyse corporelle semble associer deux termes profondément antinomiques. La psychanalyse est intimement liée au langage jusque dans le rôle libérateur du souvenir retrouvé. Nous allons voir combien le corps est une porte d’entrée exceptionnelle vers l’inconscient et la vérité de chacun.

Lire la suite : Lettre 3 - Décembre 2007