kinevarianews5Fondements de la psychanalyse corporelle 
Cinquième partie : Actologie ou comment apprendre à utiliser la connaissance de son passé pour bien vivre au présent. "

Catherine Berte et Jean-Michel Lasbouygues 
Kinévaria news (Juin 2007)

 

" Retrouver ses traumatismes, c'est comprendre les raisons pour lesquelles aujourd'hui l'individu a tant de mal à vivre en se sentant bien dans sa peau. En cela la recompréhension du passé lui permet de se libérer durablement et se sentir mieux dans le présent, d'abord avec lui-même, ensuite avec les autres. "

 

Partie cinq : Notion d'actologie ou comment apprendre à utiliser la connaissance de son passé pour bien vivre au présent.

Dans les quatre numéros précédents, vous avez pu lire comment la psychanalyse corporelle amène à revivre en totalité ces instants décisifs, ceux où la personnalité se forme, ceux où s'installe notre façon  personnelle de se comporter dans la vie. 

Retrouver ses traumatismes, c’est comprendre les raisons pour lesquelles aujourd’hui l'individu a tant de mal à vivre en se sentant bien dans sa peau. En cela la recompréhension du passé lui permet de se libérer durablement et se sentir mieux dans le présent, d’abord avec lui-même, ensuite avec les autres. Cela dit, les recherches en psychanalyse corporelle montrent que le seul fait de retrouver son passé n’est pas salvateur. En effet, le fait de retrouver son traumatisme de naissance, par exemple, ne va avoir aucune action sur le déroulement automatique du scénario comportemental, ce cycle traumatique qui nous fait répéter les mêmes situations d’échec et de douleur tout au long de la vie. Ainsi, vraisemblablement, l'être humain est chroniquement et définitivement imparfaits. Et il n'a que deux manières de vivre cette imperfection : en souffrir ou en profiter, vivre l’imperfection malheureuse ou l’imperfection heureuse. Et c’est là qu’intervient la notion d’accompagnement dans le présent, car il existe des outils de retournement intérieur. Il faut savoir les utiliser pour que la connaissance du passé serve à transformer la vie quotidienne, comme la méthode VPA. 

Dans cette méthode « Voir-Pardonner-Agir», par le « Voir, nous entrons dans la douleur pure du cycle comportemental traumatique qui nous habite et nous sommes en face du scénario répétitif qui dans l’instant nous fait exister par cette douleur. « Pardonner » est une vraie réconciliation avec notre personnalité, entre ce présent douloureux et notre passé qui se superpose et qui nous fait dire amoureusement, « Comme c’est normal que cela se reproduise ». Alors tout naturellement une possibilité nouvelle de vivre l’instant de façon heureuse s’impose. Nous avons alors la possibilité de poser un acte de paix conscient, vivifiant et novateur,  incarnant ce que nous pourrions être si nous n’étions pas esclave de notre passé. Et cela change tout.

Le suivi de la psychanalyse corporelle a donc pour objectif d'amener la personne, pas après pas, d'imperfection malheureuse en imperfection malheureuse, à transformer d'acte en acte sa vie de tous les jours. En somme, apprendre à profiter de ce précieux passé pour mieux vivre son présent. Nous l'appelons l'actologie.

Et pour le soignant?

Comme il l'a été dit dans la première partie, la psychanalyse corporelle intéresse directement le kinésithérapeute, car en effet, il y a un homme sous la blouse blanche. Certes le soignant est au service du patient, mais ne lui arrive-il pas d'être lassé de faire son 500ième massage lombaire et d'être confronté à des journées de travail épuisantes?  Et lorsqu'il rentre  chez lui, n'a-t-il pas besoin de réussir sa soirée, avec ses enfants et dans son couple? Ne mérite-t-il pas  d'avoir une bonne vie après de bonnes journées de travail? 

Aussi, parallèlement à un enseignement théorique, la formation de l'Institut Français de Psychanalyse Corporelle invite à vivre une psychanalyse corporelle personnelle tout en formant à la conduite de la psychanalyse corporelle pour autrui. Car comment pourrait-on prétendre à une aide si l'amélioration dans sa propre vie  n'a pas eu lieu? 

L'expérience du kinésithérapeute.

"Il me revient un moment de ma psychanalyse. Lors d'une session, je découvrais combien le petit garçon que j'étais, avait renoncé à ses propres plaisirs et je voyais combien aujourd'hui, c'était la même chose qui se reproduisait dans mon cabinet. Après mes premières années d'installation, mon engouement pour mon travail m'avait quitté, je saturais. Je n'avais plus de plaisir à travailler. La superposition et la similitude de ma situation présente avec mon traumatisme retrouvé, me faisaient comprendre toute la situation. Incroyable…je me retrouvais dans ma chambre d'enfant à m'ennuyer. Alors c'est au cours de l'entretien de fin de session, que je décidais d'un jeu avec le psychanalyste corporel. Celui de remettre du plaisir dans mon travail à chaque fois que je saturais dans ma journée. J'avais enfin le droit et surtout la possibilité de reprendre mon plaisir en main  parce que j'en étais devenu conscient! .

Il s'en est suivi des journées délicieuses. Prendre un café avec mon patient tout en travaillant, masser avec en fond sonore la voix suave de cette chanteuse de jazz que j'aime tant, apporter du jeu dans mes rééducations et je pense à l'aide du rock'n roll dans le travail de coordination. Mais aussi décider de faire les étirements avec le patient quand je sentais  mon propre corps fatigué, et en ressortir reposé… bref, j'étais à nouveau bien dans mon cabinet, je me sentais bien chez moi et mes journées n'étaient plus les mêmes. Et je n'ai pas hésité à mettre ce nouveau jeu dans mon couple qui rencontrait aussi quelques saturations."  Ainsi l'homme sous la blouse du kinésithérapeute était mieux dans sa peau. Mais n'est ce pas la meilleure chose pour être disponible à l'autre? .

Ainsi s'achève cette cinquième et dernière rencontre. Il semblerait qu'aujourd'hui la kinésithérapie cherche à