Alternatif bien-être   janvier 2006

Après 25 ans, 
la psychanalyse corporelle se dévoile.

Découverte par accident dans un cabinet de kinésithérapeute, la psychanalyse corporelle est une exploration prenant le corps comme source d'information.Etonnant, performant. Rencontre avec Jean-Claude Duret. Comment le corps peut-il être la base d'une psychanalyse?


Cela vient d'un constat, le corps dans des conditions plutôt ordinaires peut se mettre à avoir des sursauts archaïques. A l'origine de cette découverte, il y a un incident ostéopathique survenu dans le cabinet de Bernard Montaud (rédaction: co-auteur du livre “Allô mon corps...”), au début des années quatre-vingt. Le kiné pratiquait ce qu'on appelle la respiration primaire ou crânienne. La personne a eu des spasmes puis a commencé à exprimer des émotions, elle s'est mise à pleurer, sans savoir pourquoi. C'était la découverte de ce qu'on appelle le premier niveau de lapsus corporel

 Avec des expériences, beaucoup de recherche, nous avons identifié sept niveaux de lapsus. Si on encourage le corps dans ces lapsus, le corps va réagir et, en écho, des images vont surgir dans le psychisme, des événements du passé vont revenir.Bien sûr, nous ne nous contentons pas de cette base corporelle, nous continuons ensuite par une séance de verbalisation et en cela nous rejoignons la psychanalyse traditionnelle de type freudien 

Quelles sont les différences principales par rapport à la psychanalyse comme on la connaît?
Déjà, il y a cent ans d'écart! De plus nous savons maintenant que retrouver son passé n'est pas salvateur, ce n'est un soulagement que pendant quelques jours. Il y a un gros travail de reconquête consciente de sa vie psychologique pour passer du mal-être au bien-être. C'est la raison pour laquelle la psychanalyse corporelle inclut un accompagnement dans la vie quotidienne. Dans l'esprit de ses concepteurs, elle constitue une réconciliation avec soi-même et avec sa famille.

 A quoi arrive-t-on quand on fait une telle psychanalyse ?
On arrive a acquérir une attitude où la relation avec l'autre existe sans bourreau ni victime. Par cette connaissance de soi, on prend conscience que l'on peut être parfaitement responsable de sa douleur. On a appris à s'aimer soi-même jusque dans le pire de soi-même donc on comprend l'autre. C'est une grande école de tolérance. Personnellement, c'est une valeur qui me touche beaucoup, cette relation sans bourreau ni victime. 

Qui pratique la psychanalyse corporelle et où?
La psychanalyse corporelle est restée confidentielle pendant des années. Nous l'avons étudiée dans le cadre de l'association Art'as mais il était dommage qu'elle reste confinée a un groupe. Nous avons décidé de l'ouvrir et nous avons créé une formation. Une douzaine de personnes finissent actuellement leur formation. Un nouveau cycle va commencer en octobre 2006. 

A qui s'adresse cette formation?
A tous mais nous constatons un intérêt particulier de la part de toutes les personnes qui sont en contact avec le corps, des ostéopathes, des kinésithérapeutes. masseurs, etc. Près de 80% des personnes qui s'intéressent à la formation viennent de là mais nous avons aussi des personnes qui viennent de la psychanalyse freudienne. 

Comment se fait-il qu’iI ait fallu 25 ans pour qu.elle prenne son essor?
Oui, 25 ans peut paraître un temps long pour qu ’elle soit arrivée à maturité. La psychanalyse corporelle, telle que Bernard Montaud et moi la décrivons dans le livre “Allô mon corps“ est arrivée à maturité. Elle est cohérente, pertinente et nous savons que cela marche. Le moment est venu de la diffuser, la faire connaître. Nous savons où cela commence, où cela finit. nous avons des critères objectifs, nous avons décrit les quatre traumatismes à retrouver qui marquent la fin de l'analyse. Avec les années, nous avons près de 400 personnes qui ont retrouvé au moins un traumatisme. Tous ceux qui font la formation ont retrouvé les quatre Au total, nous avons calculé que nous avons accumulé près de 50 000 séances, Au fil des années, avez-vous constaté une évolution de la pratique de la psychanalyse corporelle?Plusieurs événements ont orienté les recherches. L'incident ostéopathique a été déclencheur, puis un changement de clientèle a permis de l'orienter quand des personnes familières des arts martiaux sont venues pour des séances. Désormais, avec des praticiens ayant des cabinets libéraux, de nouvelles pistes vont obligatoirement s’ouvrir pour aller plus loin. Cela va certainement encore évoluer. Car la psychanalyse corporelle correspond à un besoin, elle répond au rendez-vous nécessaire avec soi.même, notamment celui que nous avons appelé la crise de la quarantaine. Elle peut survenir plus tôt, plus tard mais correspond à une époque où on a passé par le besoin d'avoir, de se construire une situation pour arriver au questionnement sur l'être et, la crise passée, au bonheur d'être. Or malheureusement on passe cette crise sous l'étiquette déprime, on l'étouffe avec des médicaments. La première partie de la vie est consacrée à la réussite extérieure jusqu'au moment où on se pose la question, “ma vie ne peut pas se résumer à ça, tout de même?” Vient le besoin d'une utilité nouvelle, d'aventure qui, mal traduit, trouve une issue extérieure dans l'adultère par exemple. Il y a une ignorance de cette intériorité humaine à cet âge alors que nous avons parfaitement identifié ce passage de vie. Nous donnons beaucoup de conférences sur le sujet. afin de déculpabiliser les gens. Cela ne sert pas à grand. chose de dire “ça va passer”. C'est un rendez-vous incontournable avec notre vie intérieure, vers une autre dimension de réussite, libre de tout besoin d'avoir.


Mais la première partie de vie, basée sur la construite de la réussite, n'est pas forcément la même
pour tous. Je pense aux taux élevés de chômage des jeunes, en France notamment?
II est effectivement regrettable que certains jeunes soient privés de travail et du sentiment de réussite qui va avec. Nous avons tous ce besoin de nous sentir exister par le besoin d'avoir, dans la première partie de la vie. Ce qui est grave c'est que cela risque d'handicaper ces futurs adultes dans l'accomplissement de la deuxième réussite, intérieure cette fois, durant la deuxième partie de la vie.